© INTERNELa porte s’ouvre et l’on est transporté ailleurs. L’atmosphère de la pièce est chaude et douce, comme la matière première qu’elle abrite : le coton. La température (21°C) et le taux d’humidité de l’air (65%) y sont constants. C’est dans ce "cocon", situé au cœur d’un immeuble de bureaux parisien, que la société Dagris (1) conserve des échantillons "d’or blanc" provenant du monde entier.
Baptisée salle de classement, cette longue pièce est habillée de centaines d’étagères en bois de hêtre dans lesquelles sont rangés boîtes, rouleaux et ballots de coton. Leurs étiquettes précisent l’origine géographique et l’année de récolte de la matière végétale. Car, pour le coton comme pour le vin, il existe une infinité de terroirs… et de grands crus, tels le "Guiza" d’Egypte ou le "Plebe" du Cameroun. La comparaison avec l’univers de la vigne ne s’arrête pas là. La qualité du coton s’apprécie selon un rituel proche de celui pratiqué par l’œnologue.
La salle de classement.
Classeur et œnologue, même combat !
D’un geste ample, le classeur de coton (la personne qui en détermine la qualité) de Dagris déplie un rouleau de papier kraft bleu. Délicatement, il en extrait le coton, qu’il pose sur une table imposante. Celle-ci est noire et mate pour éviter de réfléchir la lumière du jour que reproduisent les néons au plafond. En temps normal, l’examen de l’échantillon est effectué 24 heures après l’ouverture de l’emballage. Comme le vin, le coton doit être chambré. Le regard du classeur s’attarde sur la couleur de l’échantillon (appelé également soie). Selon la provenance, la teinte varie du blanc au brun, en passant par le gris et le jaune. Pas de tâches ou de moisissures, c’est bon signe. L’éclat de la soie est brillant —exactement ce que recherchent les acheteurs.
Le classeur prend l’échantillon dans ses mains. Il en évalue la souplesse et vérifie qu’il ne recèle aucune impureté (graine, fragments de coque…). Il arrache un morceau de coton et l’ouvre en deux. Entre ses doigts, l’expert constitue une mèche qu’il étire avec précaution pour en déterminer la longueur et la résistance. Il repère aussi les éventuels défauts. Des fibres pleines de nœuds (neps) ou collantes peuvent en effet provoquer des incidents lors des étapes ultérieures de filature et de tissage du coton. Cette manipulation, appelée "pulling", et toutes les autres sont validées par des analyses plus poussées, effectuées à l’aide de machines électroniques. 
Le "pulling".
La valeur de "l’or blanc"
C’est sur la base des résultats d’analyses que vendeurs et acheteurs de coton se mettent d’accord sur un prix. "Le coton est vendu bien avant sa mise en culture, ce qui nous permet d’ailleurs de préfinancer les campagnes de production. Nous nous engageons ainsi sur une qualité qui n’est pas forcément produite", explique Jean-Yves Le Bourge, trader en coton et spécialiste de la qualité àla Copaco, une filiale de Dagris. "Sur chaque balle (paquets, NDLR) de coton vendue est prélevé un échantillon qui sera analysé. Par exemple, 100 tonnes de coton représentent 460 balles de coton et autant d’échantillons. La qualité doit être égale pour tous les échantillons. D’où la nécessité pour notre société de bien connaître le produit, son pays d’origine, le champ dans lequel il a été cultivé, la taille de l’exploitation et même les personnes qui sont chargées de le récolter!", précise le trader.
(1) Dagris, pour Développement des agro-industries du Sud, est un holding agro-industriel au capital majoritairement public, dont les activités sont tournées principalement vers la production et la commercialisation du coton.
Tout est bon dans le coton 100 kg de coton-graine (matière brute) permettent d’obtenir, outre les déchets : |
30 à 40 kg de fibres Elles serviront principalement à l’industrie textile (filature, habillement, ameublement). La fibre entre dans la composition du velours, du jersey, de la toile, de l’éponge, de la popeline, de la flanelle, du satin, du tulle, de la mousseline, de la résille… |
57 à 66 kg de graines qui donneront : * 6 à 7 kg de linter (duvet qui entoure la graine de coton). Il entre dans la composition de la ouate hydrophile, du vernis, de l’alcool, des films photographiques, des explosifs… * 13 à 15 kg de coques: on en tire du sucre, des aliments pour le bétail, de l’engrais, du combustible. Elle permet également de fabriquer du papier buvard. * 36 à 42 kg de d’amandes, qui permettent de produire: 27 à 31 kg de farine. Elle entre dans la composition d’additifs pour jus de fruits, d’aliments de sevrage, de mélanges pour viandes hachées et saucisses, de steack végétal, de bouillon cubes, de sauces et potages traditionnels africains, de pain, de biscuits, de pâtisseries, de confiseries, de petits déjeuners, d’aliments de survie, de tablette hyperprotéinées pour spationautes… 9 à 11 kg d’huile destinée essentiellement à être utilisée comme huile de table ou comme huile de friture. Elle entre également dans la composition d’huile de conserve, de margarine, de lessive, de savon, de cosmétiques, d’isolants (linoleum), de lécithine (conserves), de glycerine (explosifs). |
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photo d'ouverture : la salle de classement de Dagris (DR)
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