© INTERNELa psychose de la maladie du charbon en France entraînerait l'augmentation de prescriptions d'antibiotiques stratégiques (voir encadré ci-dessous) dans la lutte contre le bioterrorisme. Bernard Kouchner, ministre délégué à la Santé, avait lancé jeudi un "appel au civisme et à la responsabilité" des médecins et des pharmaciens. Sur le terrain, cette surconsommation semble pourtant toute relative.
Beaucoup de questions
"Compte tenu de leur activité
Nul doute que les Français sont préoccupés par la menace d’attentats bioterroristes. La multiplication des alertes au courrier "piégé" l’atteste. Contacté par tf1.fr, Christian de Langhe, médecin généraliste à Boulogne-Billancourt, en région parisienne, confirme l’intérêt accru de ses patients pour cette question. "Ils me posent beaucoup de questions sur la maladie du charbon, ses symptômes, ses traitements. Toutefois, je n’ai pas constaté de mouvement de panique ou un accroissement du nombre de mes consultations", tempère le médecin, qui avoue être plus vigilant en cas de fièvre inexpliquée.
anti-microbienne, ces molécules
(ciprofloxacine, ofloxacine, lévofloxacine)
sont recommandées dans la maladie du
charbon ou d'autres agents biologiques
pris en compte dans le plan
gouvernemental Biotox" pour faire face
au bioterrorisme, indique une note
d'information du ministère de la Santé
remise la semaine dernière à
la presse spécialisée.
"Cependant, il importe de préserver
l'emploi de ces molécules en pratique
courante dans les indications pour
lesquelles elles sont utiles" et
pour lesquelles "il n'y a pas ou peu
d'alternatives thérapeutiques",
selon cette note.
Même constat en pharmacie. Une pharmacienne du 6ème arrondissement de Paris, qui a tenu à conserver l’anonymat, réfute toute idée de "rush" sur les antibiotiques réservés aux infections les plus graves. Denis Einchenlaub est pharmacien installé à la gare de Perrache, à Lyon — un lieu que les voyageurs n’hésitent pas à fréquenter "en cas de souci". Or, les clients inquiets se sont faits rares. Quant aux ventes d’antibiotiques "sensibles", elles sont inférieures à celles de l’année passée, a déclaré à tf1.fr le pharmacien lyonnais : "En octobre 2000, j’avais vendu 18 boîtes d’Oflocet et seulement huit ce mois-ci. Quant au ciflox, dont tout le monde parle, j’en avais vendu sept boîtes, en octobre, il y a un an… et aucune depuis les attentats du 11 septembre".
Des prescriptions justifiées
Bernard Capdeville, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France — qui affirme représenter 60% de la profession — a indiqué à tf1.fr ne pas avoir eu vent de "remontées concernant des ruptures de stocks inquiétantes". Au Conseil national de l’Ordre des médecins, on se félicite néanmoins de l’appel au civisme du ministre. "Il ne faut pas céder à la tentation de délivrer des antibiotiques à des patients qui voudraient en faire provision", a insisté Pierre Haehnel, secrétaire général du Conseil. Une circulaire en ce sens a ainsi été adressée le 18 octobre aux Conseils de l’Ordre départementaux.
Mais alors, comment expliquer cette impression de "course aux antibiotiques" ? Les pathologies ORL, notamment chez l’enfant, sont en recrudescence depuis quelques semaines. Avec la période hivernale, les ventes d’antibiotiques vont d’ailleurs automatiquement augmenter. Il ne faut donc pas faire d’amalgame entre le traitement de vrais malades et les demandes injustifiées, insiste Denis Einchenlaub. Reste une dernière explication, plus polémique. Selon un professionnel de la santé, qui a tenu à garder l’anonymat, les médecins auraient tendance à prescrire des antibiotiques puissants plutôt que des antibiotiques génériques de type annoxicilline… afin de mettre en difficulté le ministre de la Santé avec lequel les relations sont tendues (35h, limitation des dépenses de santé…). Au Conseil de l’Ordre, on ne souhaite pas s’aventurer sur ce terrain glissant.
Toujours pas de cas de maladie du charbon en France Bernard Kouchner, a indiqué lundi qu'il n'y avait "toujours pas un seul cas de maladie du charbon en France" et il a qualifié les auteurs de lettres suspectes "d'alliés directs" des terroristes. Plus de 10.000 alertes ont été reçues la semaine dernière avec un pic de 360 jeudi, a-t-il précisé. Cette frénésie de mauvaises plaisanteries semble décroître avec les sanctions judiciaires sévères infligées à certains de leurs auteurs, puisque le nombre des alertes est tombé à 222 vendredi, 173 samedi et 31 dimanche. Bernard Kouchner a indiqué qu'à titre préventif, la chloration de l'eau avait été augmentée en France, pour prévenir les contaminations bactériennes, notamment la toxine botulique. |
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