© INTERNEEn annonçant dimanche qu’elle avait cloné un embryon humain, la société américaine Advanced Cell Technology (ACT) a suscité un déluge de réactions, pour la plupart outrées. Tandis que la polémique bat son plein, certains chercheurs en génomique craignent que leurs travaux soient mal interprétés par le public. Jacques Hatzfeld, chercheur au CNRS, s’en explique à tf1.fr
tf1.fr : Que pensez-vous de l’annonce d’ACT ?
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Jacques Hatzfeld : Ce genre de coup de pub, qui permet à la start up de faire grimper ses actions, est une pratique courante dans le domaine de la biotechnologie aux Etats-Unis. Scientifiquement, le résultat de l’opération (réussir le développement cellulaire de l'embryon jusqu'au stade de six cellules, NDLR) est très mauvais. Quant à la méthode, je suppose qu’ils ont fait prendre un traitement hormonal à des femmes pour qu’elles produisent plus d’ovules. Un traitement qui est normal quand on veut faire des enfants mais qui pose un problème éthique quand il s’agit de créer des ovules à des seules fins de clonage.
d'un embryon humain
15/11 : Une pétition
pour l'utilisation des
"cellules à tout faire"
8/11 : Le reclonage
selon le docteur Antinori
tf1.fr : Beaucoup de voix se sont élevées contre le principe même du clonage. Pourtant, il y a une différence entre le clonage thérapeutique et le clonage reproductif…
J. H. : Pour le clonage reproductif, on prend un ovule puis la cellule d’un grand paranoïaque qui veut que l’on fasse sa copie conforme. On met le noyau de la cellule dans l’ovule et l’ovule dans une mère porteuse. Naît alors un enfant qui possède les mêmes chromosomes et les mêmes gènes que le paranoïaque. Dans le cadre du clonage thérapeutique, on ne cherche pas à faire un être humain mais à fabriquer des tissus. Par ailleurs, on utilise des lignées de cellules "d’origine embryonnaire", mais ce ne sont pas des embryons ! Ces lignées, dites "pluripotentes", ont perdu leur aptitude à donner naissance à un être humain. Il faut arrêter de faire croire qu’à partir d’embryons, les scientifiques veulent fabriquer des "pièces de rechange". Les gens s’imaginent que l’on veut faire des bébés dont on va prendre la tête, un bras ou le foie pour venir en aide à quelqu’un d’autre : c’est faux, c’est l’horreur absolue !
tf1.fr : Certains politiciens souhaiteraient qu’on utilise uniquement des cellules souches provenant d’adultes… (1)
J. H. : Les cellules adultes ne donnent pas de lignées, elles sont rares et vieillissent rapidement. Or on ne peut pas greffer à quelqu’un de la peau qu’il ne pourrait pas exposer au soleil ! Les lignées ont un tel potentiel de prolifération (les cellules peuvent se multiplier de façon quasi indéfinie, NDLR) qu’une seule d’entre elles pourrait couvrir les besoins de tous les chercheurs français. Ce que nous demandons, nous chercheurs français, c’est de pouvoir importer des cellules souches issues d’une des 63 lignées qui existent déjà dans le monde. Elles nous permettront de comprendre les mécanismes d’activation et d’extinction des gènes. La France est en train de prendre du retard.
(1) Les cellules souches peuvent produire des cellules différenciées d'une ou plusieurs catégories. Elles sont présentes à chaque étape du développement humain : embryon, foetus, enfant, adulte.
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