Ces infections que l’on attrape à l’hôpital

Par Matthieu DURAND, le 24 janvier 2002 à 07h00 , mis à jour le 23 janvier 2002 à 18h13

Alors que 22 patients hospitalisés à Béziers ont contracté l’hépatite C, tf1.fr a demandé à un médecin hygiéniste d’expliquer comment se développent les infections en milieu hospitalier.

infirmier infirmière patient malade santé hopital clinique (LCI) © INTERNE

Vingt-deux personnes souffrant d'insuffisances rénales chroniques ont été infectées par le virus de l'hépatite C au centre d'hémodialyse de l'hôpital de Béziers. Une enquête est en cours. Le ministre délégué à la Santé Bernard Kouchner a évoqué la probabilité d’une infection nosocomiale. Tf1.fr a demandé des précisions au docteur Guillaume Kac, médecin hygiéniste à l’hôpital européen Georges Pompidou, à Paris.

tf1.fr : Les infections nosocomiales, de quoi s’agit-il ?

Guillaume Kac : Ce sont des infections acquises à l’hôpital au-delà d’un séjour de 48 heures. Selon des enquêtes internationales et françaises, elles touchent 5 à 10% des patients hospitalisés. La plupart d’entre elles sont liées à des procédures de soin. On distingue plusieurs grandes catégories d’infections nosocomiales : environ 33% sont urinaires, 20% respiratoires, 15% proviennent du site opératoire et 15 à 20% surviennent via la présence de bactéries dans le sang, à la suite d’une pose de cathéter (sonde, perfusion… NDLR). Enfin, les autres infections nosocomiales sont d’ordres ORL, ophtalmologiques et digestives.

tf1.fr : L’hygiène dans les hôpitaux est-elle en cause ?

"90% des
infections
nosocomiales
sont dues à
des bactéries
qui viennent
du malade
lui-même"

G. K. : Non, l’hygiène des locaux joue un rôle probablement très mineur. En fait, 90% des infections nosocomiales sont dues à des bactéries provenant du malade lui-même. Lorsqu’on maintient un dispositif dans un corps, comme une sonde par exemple, il y a de fortes chances que les bactéries contenues dans le corps "colonisent" le dispositif installé et entraînent le développement d’une infection. Hors bactéries, les infections nosocomiales peuvent être aussi dues à des champignons et, pour une faible part, à des virus, comme l’hépatite C. Dans ce dernier cas, les infections sont plus difficiles à mettre en évidence.

tf1.fr : Comment en venir à bout ?

G. K. : Le meilleur traitement c'est la prévention. En France, des Comités de lutte contre les infections nosocomiales ont été créés à partir de 1988 puis des équipes opérationelles en hygiène hospitalière spécifiquement missionées sur ce thème. Ces équipes ont une formation spécifique et comprennent au minimum une surveillante hygiéniste, voire un médecin hygiéniste et une technicienne bio-hygiéniste, chargée de réaliser des prélèvements de l'environnement hospitalier, dans l'air et sur les surfaces. Quand l'infection est déclarée, il faut associer un traitement antibiotique et, le cas échéant, le retrait des dispositifs médicaux en place (sonde, cathéter...) suspects d'être la cause de l'infection.

tf1.fr : Connaît-on le nombre de victimes causées par ces infections ?

G. K. : C’est très difficile car les patients qui sont infectés sont souvent très fragiles et peuvent décéder pour un autre motif. Une enquête sur la proportion de la mortalité hospitalière liée aux infections nosocomiales a été réalisée en 2001 ; les résultats seront disponibles dans les mois à venir.

Par Matthieu DURAND le 24 janvier 2002 à 07:00
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