Eruption de la Fournaise à la Réunion

Par Matthieu DURAND, le 08 janvier 2002 à 07h00 , mis à jour le 07 janvier 2002 à 17h45

Samedi dernier, le Piton de la Fournaise s’est "réveillé" et est entré en éruption. Pour l’instant, il s’agit d’un phénomène classique sans danger pour la population, comme l’explique le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff.

La Fournaise en éruption © INTERNE

Le Piton de la Fournaise, volcan de la Réunion haut de 2.631m et âgé de 500.000 ans, est entré en éruption samedi vers 23h locales (20h, heure de Paris). Le risque d'une éruption imminente était apparu vers 18h30 locales, alors que l'Observatoire volcanologique de la Réunion avait enregistré 300 séismes, dont plusieurs de magnitude 2. Pour en savoir plus, tf1.fr a interrogé Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue et professeur d’université à l’université de Paris Sud Orsay et à l’IUFM de Versailles (1).

tf1.fr : Cette éruption est-elle exceptionnelle ?

Depuis un siècle,
la Fournaise n’a fait
aucune victime,
seulement des
dégâts matériels

Jacques-Marie Bardintzeff : Non, c’est une éruption classique pour le Piton de la Fournaise. Elle est même modérée, voire faible par rapport à d’autres éruptions de volcans. Depuis 100 ans, une éruption de ce type se produit en moyenne tous les 15 mois à la Fournaise. Le volcan était resté inactif pendant six ans, de 1992 à 1998, avant de connaître une éruption majeure qui avait duré six mois. Depuis, deux éruptions se déclarées en 1999, trois en 2000, à nouveau deux en 2001 et déjà une en 2002. On a l’impression que la Fournaise "rattrape" cette période d’inactivité.

tf1.fr : A quoi ressemble l’éruption qui a débuté samedi ?

J.-M. B. : En général, des fissures s’ouvrent et le magma sort, provoquant le jaillissement de fontaines de lave à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, pendant quelques heures. La lave s’écoule ensuite vers la mer sans l’atteindre, sauf en juillet dernier où elle avait coupé la route nationale. Car le Piton de la Fournaise est caractérisé par une caldeira, c’est-à-dire un cratère en forme de fer à cheval, ouvert sur la mer. Dans cette caldeira, appelée l’Enclos, se concentre 95% de l’activité du volcan. Une activité liée à une anomalie géologique, à savoir un point chaud de la planète.

tf1.fr : Y a-t-il un danger pour la population ?

J.-M. B. : Depuis un siècle, la Fournaise, qui est un volcan lavique donc non explosif, n’a fait aucune victime, seulement des dégâts matériels. L’Enclos est un endroit isolé et la population, éloignée du site, n’est donc pas menacée pour l’instant. Mais c’est à l'Observatoire volcanologique de la Réunion de faire un état des lieux quotidien du phénomène et d’alerter les autorités de l’île en cas de danger.

tf1.fr : Les prévisions des volcanologues semblent avoir beaucoup progressé…

J.-M. B. : En effet, les scientifiques bénéficient aujourd’hui d’appareils très sensibles pour étudier la sismicité ou la déformation des volcans. La surveillance est également menée grâce aux satellites. Pour comprendre les progrès accomplis, il faut se rappeler qu’en 1902 l’explosion de la Montagne Pelée, en Martinique, a fait 28.000 victimes pour deux survivants alors que pour celle de la Soufrière, dans l’île antillaise de Montserrat, en 1995, 8.000 personnes ont pu être évacuées à temps pour une vingtaine de morts.

(1) Dernier ouvrage paru : L’ABCdaire des volcans, aux éditions Flammarion (2001). Un petit guide très bien fait, où les textes, clairs et courts, sont illustrés par de nombreuses photos. En prime, quelques conseils pratiques pour ceux qui voudraient devenir volcanologues et pour les passionnés.

 

Par Matthieu DURAND le 08 janvier 2002 à 07:00
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