© INTERNEQuoi de plus familier et pourtant mystérieux qu’une ombre ? Elle est présente (presque) partout et pourtant, elle est ignorée, voire méprisée. Roberto Casati, chercheur italien au CNRS et à l’institut Jean Nicod, a consacré à cette énigme un ouvrage passionnant, La découverte de l’ombre, chez Albin Michel.
tf1.fr : Comment définir l’ombre ?
Sur le web Le site de L'institut
Roberto Casati : C’est très difficile. J’aime cette définition : "les ombres sont des trous dans la lumière" mais encore faut-il définir les trous ! Les ombres sont des images éphémères qui doublent la réalité. Elles possèdent des caractéristiques étranges : elles sont bidimensionnelles, elles n’ont ni profondeur, ni structure interne, elles nous suivent de façon fidèle mais on ne peut pas s’en débarrasser. Il y a beaucoup d’ombres autour de nous et pourtant, nous n’y faisons pas attention.
Roberto Casati
consacré à l'ombre
(anglais)
Jean Nicod
tf1.fr : Pourquoi avoir intitulé votre ouvrage La découverte de l’ombre ?
R. C. : Les ombres ont été négligées dans l’histoire des sciences. Elles ont aussi été maltraitées par les philosophes, comme Platon qui, avec son mythe de la caverne, souligne leurs traits négatifs. Leur découverte a un double sens : d’une part, la découverte des propriétés des ombres, notamment la façon dont nous percevons les ombres et les objets par les ombres ; d’autre part, les découvertes qu’elles ont rendues possibles.
tf1.fr : Effectivement, vous soulignez le rôle capital de l’ombre dans les progrès des sciences…
R. C. : Kepler a écrit que "toutes les observations célestes se font au moyen de la lumière et de l’ombre". L’étude des phases de la lune et des éclipses ont montré les interactions entre la terre, la lune et le soleil. Au 17e siècle, grâce à l’usage de la lunette astronomique, Galilée a prouvé que la lune possédait des montagnes, comme la Terre, et qu’elle n’était pas un disque. Sa découverte des phases de Vénus a remis en cause le principe d’un système céleste géocentrique. Avec la découverte des satellites de Jupiter, les savants ont bénéficié d’une horloge figée dans le ciel, identique en tous points du globe, leur permettant de calculer les longitudes terrestres. Les géomètres ont aussi beaucoup étudié les ombres et leurs projections.
Roberto Casati :
La découverte de l'ombre,
Albin Michel (22,90 €)-
tf1.fr : Selon vous, l’étude de l’ombre aurait aussi permis la découverte de la perspective dans l’art…
R. C. : On ne sait rien sur la découverte de la perspective. J’avance donc une hypothèse. Les ombres construisent des perspectives de manière automatique. Dans l’atelier d’un peintre, il suffit d’avoir des objets et une source lumineuse pour créer une perspective. C’est très facile à réaliser et surtout à étudier. Désormais, quand je visite un musée, je ne regarde que les ombres sur les tableaux. C’est intéressant de voir l’infinité des moyens déployés par les peintres pour saisir une entité qui échappe à notre compréhension.
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