© ManreoDeux jeunes filles incarcérées depuis mercredi soir à Besançon pour avoir torturé l'une de leurs camarades (voir article lié) : "un fait-divers malheureusement banalissime", selon la pédopsychiatre parisienne Gisèle George (1), interrogée par tf1.fr. Allant "à l’encontre des lieux communs", elle livre son analyse du drame.
tf1.fr : La plus jeune des adolescentes arrêtées a avoué avoir participé à des rites satanistes avec des skinheads dès l’âge de 11 ans…
Gisèle George : Il y a de plus en plus de jeunes mal dans leur peau qui essaient de s’intégrer dans des groupes afin d’y retrouver une famille. L’adolescente en question doit souffrir d’un manque d’estime de soi. Elle s’est protégée de l’extérieur, voire de sa propre famille, grâce au groupe, acceptant les conditions de ses rites initiatiques. C’est le même phénomène qui se produit avec ces jeunes filles des cités qui intègrent une bande et deviennent victimes de "tournantes" (viols collectifs, NDLR).
tf1.fr : La plus âgée des adolescentes, qui est l’auteur des tortures, "aurait mal supporté qu'un jeune homme lui demande le numéro de téléphone portable de la victime"….
G. G. : Cela relève de la psychopathie. Il y a aussi une intolérance à la frustration, que l’on détecte chez les enfants de plus en plus tôt et qui se traduit par une violence de plus en plus intense. Je reçois dans mon cabinet des jeunes qui ont volé des téléphones portables simplement parce que leur victime avait un meilleur modèle que le leur.
tf1.fr : Le substitut du procureur de Besançon a évoqué "l'influence du satanisme et du cinéma d'horreur" pour expliquer le geste des adolescentes…
G. G. : Le cinéma n’influence que ceux qui sont influençables ! La majorité des adolescents français ont vu Scream, parfois depuis leur plus tendre enfance, et n’ont pas pour autant torturé qui que ce soit. Les jeunes qui sont influencés par ce genre de films ont à la base une capacité à être plus violents et plus psychopathes que les autres. Les enquêteurs feraient mieux de se demander pourquoi à Besançon, il existe des groupes qui pratiquent des rites satanistes.
tf1.fr : Qu’est-ce qui fait qu’un jeune passe à l’acte, comme ces deux adolescentes ?
G. G. : Cela peut s’expliquer par trois facteurs : un enfant au tempérament violent, un environnement familial ou social qui ne le "cadre" pas suffisamment et un accès facilité à des films ou des jeux vidéos qui peuvent donner des idées. Même dans un environnement aisé, quand les parents sont trop absents, les jeunes achètent tout et n’importe quoi. Un de mes jeunes patients jouait à un jeu vidéo de course automobile dans lequel, quand son véhicule était accidenté, il fallait en voler un autre ! Et cela ne le choquait pas.
tf1.fr : Comment détecter et soigner ces enfants potentiellement violents ?
G. G. : La détection passe évidemment par les parents mais aussi par l’école. On est dans une époque où l’on réapprend aux parents à dire "Stop" à leurs enfants. Pour l’adolescente qui a une mauvaise estime d’elle-même, il faut lui réapprendre à avoir confiance en elle, à savoir dire "non" aux autres, à trouver des amis qui la respectent. C’est un travail qu’il faut effectuer au niveau familial et social. Pour l’auteur des tortures, c’est différent. Les psychopathes sont excessivement manipulateurs et séducteurs. L’adolescente doit être sanctionnée au niveau judiciaire et suivre des soins jusqu’à ce qu’elle prenne conscience de ses actes. Ce n’est pas parce qu’elle a 14 ans qu’il faut l’excuser.
(1) Gisèle George a écrit notamment Ces enfants malades du stress, éditions Anne Carrière, 180 pages, 15€ et Mon enfant s'oppose. Que dire ? Que faire ?, éditions Odile Jacob, 260 pages, 18,50€.
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