© INTERNEUne étude récente du Centre public de recherche sur l’agriculture et l’environnement (Cemagref) indique que les hivers doux et humides favorisent l’arrivée en France de nombreux insectes venus des pays chauds. Un phénomène qui concerne d'autres espèces animales. Les explications de Yvan Ineich, maître de conférence au Laboratoire des reptiles et des amphibiens, au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), à Paris.
tf1.fr : Le Cemagref a noté que le réchauffement climatique favorise l’arrivée d’insectes exotiques en France…
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Yvan Ineich : C’est valable pour beaucoup d’animaux. La vipère aspic et la couleuvre verte et jaune étendent leur territoire vers le Nord de la France. Le héron garde-bœuf et les aigrettes, qui viennent d’Afrique, s’installent dans différents endroits où ces espèces n’existaient pas auparavant. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un rééquilibrage après deux ou trois hivers rigoureux. Ou d’une sélection naturelle, au terme de laquelle seuls 10% des espèces récemment arrivées survivraient. Lorsque cette arrivée est naturelle, on parle de colonisation ; lorsqu’elle est accidentelle, c’est-à-dire liée à l’homme, on parle d’invasion. C’est le cas pour la Xenopus, une grenouille originaire d’Afrique de l’Ouest utilisée dans les laboratoires, qui s’est installée dans l’Ouest de la France. Même chose pour la tortue à tempes rouges, improprement appelée tortue de Floride puisqu’elle est élevée en Floride à des fins commerciales mais qu'elle vit dans des climats comparables aux nôtres.
de compagnie...
et de maladies
aiguisent les appétits
naturelle de Paris
tf1.fr : Quelles sont les conséquences pour la faune et la flore locales ?
Y. I. : Dans nos zones, toutes les niches écologiques sont occupées donc tout nouvel arrivant empiète sur l’habitat des espèces locales ou les chasse. Il s’agit à la fois d’un enrichissement et d’une perte de la biodiversité. Surtout d’une perte puisque l’écologie n’avait pas besoin de ces apports pour fonctionner. La moindre introduction a des conséquences dramatiques, entraînant l’extinction d’espèces rares. Il existe également des risques pathologiques et sanitaires : les insectes peuvent être vecteurs de nouvelles maladies, pour la flore, la faune et l’homme.
tf1.fr : A l’inverse, certaines espèces des régions tempérées colonisent-elles d’autres régions ?
Y. I. : Nous assistons à un mouvement mondial favorisé par le réchauffement climatique mais aussi par le développement phénoménal des transports. C’est dramatique car d’ici à quinze ans, la faune mondiale sera uniformisée. Toutes les formes endémiques d’une région auront disparu.
tf1.fr : Comment lutter contre ce phénomène ?
Y. I. : Aucune règle ne peut être établie sauf des règles de précaution, comme désinsectiser les avions à leur arrivée dans les aéroports, interdire l’importation de certains animaux, en mettre d’autres sous quarantaine… Se développe également une biologie de la conservation, qui prend en compte toutes les caractéristiques d’une espèce afin d’agir ponctuellement et surtout globalement car si vous protégez des tortues dans un pays et qu’elles sont consommées dans un autre pays où elles pondent leurs œufs, vos efforts deviennent inutiles.
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