© INTERNEReconnu coupable de l'assassinat de sept jeunes femmes le 5 avril 2001, Guy Georges, 39 ans, est incarcéré dans une prison centrale de la région lyonnaise. "Pour des raisons de sécurité, il est à l'isolement. Il n'a des contacts qu'avec les gardiens", explique Maître Frédérique Pons, une de ses deux avocats. Mais, note-t-elle, "il n'est pas isolé totalement sur le plan social. Des personnes ont noué une relation épistolaire avec lui durant son procès, et ont continué ensuite".
Le "syndrome Hannibal Lecter"
Me Alex Ursulet, l’autre avocat du tueur, confirme : "Il reçoit beaucoup de courrier. Et il répond (…) Il y a trois-quatre personnes qui, depuis son procès, ont entretenu avec lui des relations extrêmement chaleureuses", souligne l'avocat. "Il s'agit surtout de femmes, qui ont compris le côté douloureux du personnage". Parmi ces femmes, certaines lui envoient des timbres pour qu'il puisse leur répondre, voire un peu d'argent.
Selon Stéphane Bourgoin, spécialiste des serial killers (1), ce phénomène est très fréquent, surtout lorsqu’une affaire est très médiatisée : "Marc Dutroux reçoit des centaines de lettres par jour". Les correspondants des tueurs sont majoritairement des femmes. "J’en ai rencontré beaucoup aux Etats-Unis. Victimes du ‘syndrome Hannibal Lecter’, elles sont fascinées par l’image du tueur brillant, cultivé et charmeur, qui décide de la mort ou de la vie de ses victimes, un peu à l’égal de Dieu", explique-t-il à tf1.fr. "Il existe peut-être aussi une dimension sexuelle dans ces relations épistolaires puisque souvent ces criminels ont exercé des violences sexuelles sur leurs victimes", ajoute-t-il.
"Immatures psychologiquement"
"Ce sont des femmes dont l’existence quotidienne est terne, grise, monotone et qui vont transcender leur existence en s’approchant d’un tueur. Certaines s’imaginent même qu’elles vont pouvoir le materner, voire l’entraîner sur la voie de la rédemption et le sauver. Ce sont des femmes assez immatures psychologiquement", conclut Stéphane Bourgoin.
"S’intéresser aux tueurs en série, notamment lors de leurs procès, me semble normal", précise pour sa part à tf1.fr Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue. "En revanche, cette fascination, qui pousse certaines personnes à contacter les tueurs, a un côté morbide. Elle est le fruit de personnalités assez typées", confirme celui qui a été le premier Français à avoir pratiqué le profil psychologique des agresseurs. Et d’insister : "Ce n’est pas un signe de normalité affective ou émotionnelle".
(1) Stéphane Bourgoin a écrit Serial killers : enquête sur les tueurs en série (Grasset, 1999) et Nouvel almanach du crime et du fait-divers (E/DITE, 2001).
photo d'ouverture : Guy Georges
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