La haine, une passion sans répit (1/2)

Par Matthieu DURAND, le 18 avril 2002 à 07h00 , mis à jour le 17 avril 2002 à 16h27

La haine est au coeur du conflit israélo-palestinien et de ses répercussions en France. Une passion destructrice et plus acharnée que l'amour, selon François Guéry, professeur de philosophie.

émeute ombre chinoise Belfast irlande 20 juin 2001 © INTERNE

Professeur de philosophie à l’université de Lyon III, François Guéry a écrit un ouvrage intitulé Haine et destruction (1). Pour tf1.fr, il analyse la haine à la lumière des événements qui se déroulent actuellement au Proche-Orient et en France.

tf1.fr : Qu’est-ce que la haine ? Un sentiment ? Une passion ?…

François Guéry : C’est effectivement une passion, quelque chose qui se construit lentement et qui dure indéfiniment. Mais contrairement à l’amour, la haine est plus fidèle, plus acharnée. Elle suit et persécute son objet sans répit. Dans certains cas, elle se transmet de génération en génération, comme un héritage. La haine traverse une existence et lui donne une extraordinaire fixité.

tf1.fr : Comment naît-elle et de quoi s’alimente-t-elle ?

"La haine déclenche
un sentiment envieux,
un manque
douloureusement
ressenti"

F. G. : Je formule l’hypothèse que l’objet de la haine est quelque chose qui apparaît au haineux comme odieux. D’ailleurs, cela peut être quelque chose qui a marqué la victime de l’odieux sans que l’odieux s’en rende compte. La haine déclenche un sentiment envieux, un manque douloureusement ressenti, en particularité une supériorité. Le haineux souffre d’être ce qu’il est, lui ; par comparaison, il voudrait être celui qu’il envie. Chez le haineux, il y a une vulnérabilité… il est sensible aux marques de reconnaissance et d’amitié… s’il peut les entendre. Dans le cadre du conflit au Proche-Orient, les deux parties attendent la reconnaissance d’un tiers. L’opinion publique internationale est rendue témoin et juge.

tf1.fr : Justement, y a-t-il un espoir que l’on vienne à bout de la haine qui déchire Israéliens et Palestiniens ?

F. G. : La haine construit lentement une entreprise de destruction en se cachant. En ce moment, on assiste à une crise ouverte où les masques sont tombés. Cela peut être une des issues pour mettre fin à cette haine car les torts des uns et des autres sont comparés, rendant possible un arbitrage. Il faut étaler l’ensemble du dossier israélo-palestinien, même si c’est douloureux. La France reste muette du fait d’un sentiment de culpabilité, d’une part vis-à-vis des Juifs à cause du régime de Vichy, et de l’autre vis-à-vis des Arabes, à cause de la guerre d’Algérie. Je trouve les candidats à l’élection présidentielle très timorés sur les grands enjeux.

tf1.fr : Que penser de cette haine transportée sur le sol français ?

F. G. : La France a connu dans son Histoire des épisodes de conflits religieux aigus. Face au repli communautaire auquel nous assistons aujourd’hui, je trouve que ces événements offrent une assez bonne occasion pour l’identité laïque et républicaine de se manifester. Il faut rappeler chacun à sa citoyenneté.

(1) François Guéry : Haine et destruction, Ellipses, 128 pages, 8€.

Cliquez ici pour lire :
"La haine, un terreau favorable
à la surenchère" (2/2)

Par Matthieu DURAND le 18 avril 2002 à 07:00
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