"La haine, un terreau favorable à la surenchère" (2/2)

Par Matthieu DURAND, le 19 avril 2002 à 07h00 , mis à jour le 18 avril 2002 à 17h36

La haine, au cœur de tout conflit, n’est pas une maladie. Selon le psychiatre Christian Zaczyk, elle existe dans notre inconscient et s’exprime surtout chez les psychopathes et les dépressifs.

fait divers © INTERNE

"La haine est un terme très ambigu qui n’est pas utilisé en psychiatrie. On préfère parler de colère ou d’agressivité", explique à tf1.fr le psychiatre parisien Christian Zaczyk (1). Analyse en trois points.

tf1.fr : La haine est-elle considérée comme une pathologie ?

Article lié

Première partie :
La haine,
une passion
sans répit

 

Christian Zaczyk : Non, c’est d’abord un ressenti, une émotion. La haine existe de manière plus ou moins inconsciente dans l’amour. C’est ce qu’on appelle l’ambivalence des sentiments. L’amour est une relation de dépendance et une part de cette dépendance est exposée à la frustration, ce qui peut conduire à la haine. Celle-ci s’inscrit dans plusieurs contextes : la haine de l’autre qui n’est pas comme moi, la haine de l’étranger… Elle constitue un terreau favorable à l’escalade symétrique, c’est-à-dire une relation où chacun tombe dans la surenchère, ce qui débouche sur le conflit.

tf1.fr : Comment la haine se manifeste-t-elle ?

C. Z. : Toute la question est de savoir si la violence est innée ou acquise. La haine existe dans l’inconscient et, comme le dit Freud, "l’inconscient tue pour des broutilles". Les pulsions sauvages et malfaisantes que nous avons refoulées en nous socialisant n’attendent qu’une occasion pour rejaillir. Pour certaines pathologies psychiatriques dans lesquelles il y a violence envers l’autre, ce sont souvent des personnes ayant subi des traumatismes dans leur enfance.

tf1.fr : Comment soigner ces patients ?

C. Z. : Il faut distinguer les gens qui expriment leur haine dans la violence des personnes qui expriment leur haine en période dépressive ou traumatique. Les premiers, les sociopathes ou les psychopathes, n’ont pas intériorisé la loi ; ils ont besoin de repères et pas nécessairement d’un traitement. Quant aux dépressifs, on essaie de ne pas "toucher" à leur agressivité car c’est un mode de défense qui leur permet de ne pas s’effondrer. Il arrive souvent que leur agressivité soit rentrée, c’est ce qu’on appelle l’hostilité passive. Elle s’exprime alors à l’occasion de la psychothérapie. Ce qu’il faut retenir, c’est que les comportements agressifs constituent un éventail de troubles de la personnalité, du plus simple au plus complexe.

(1) Christian Zaczyk : L’agressivité au quotidien, Fayard, 257 pages, 18,29€.

Par Matthieu DURAND le 19 avril 2002 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience