Le Japon tue des baleines pour mieux les "étudier"

Par Matthieu DURAND, le 09 avril 2002 à 07h00 , mis à jour le 05 avril 2002 à 18h49

Le Japon vient de terminer dans l’Antarctique une campagne de pêche à caractère "scientifique". 440 petits rorquals ont ainsi été tués. Une pratique dénoncée par de nombreux pays. Explications d'un chercheur français.

La baleine qui a bouché le port © INTERNE

Cinq navires japonais sont retournés dans l'archipel nippon à la fin de la semaine dernière après avoir tué 440 petits rorquals dans l'océan Antarctique. Cette pêche s’inscrivait dans le cadre d'un programme gouvernemental "de recherche".

Opposition française

Liens sur le web

Le site de la CBI
(en anglais)

Le Centre d'études
biologiques de Chizé

 

 

La Commission baleinière internationale (CBI) a adopté en 1982 un moratoire sur la chasse à la baleine, qui a pris effet en 1986. Si les chasses "à but scientifique", que le Japon est le seul pays à pratiquer, sont autorisées dans le texte fondateur de la CBI, de nombreux Etats membres de la Commission y sont opposés. A l'initiative de la France, "une démarche contre la chasse scientifique a été effectuée l'année passée (…) auprès des autorités japonaises. Une quinzaine de pays — membres et non membres de la Commission baleinière internationale — s'étaient associés à cette démarche", a indiqué à tf1.fr un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. La prochaine réunion de la CBI, qui se tiendra au Japon du 20 au 24 mai prochains, sera l’occasion d’aborder à nouveau cette question.

Milieu marin en danger

"Il faut être honnête. Ces chasses à caractère scientifique constitue un moyen de détourner le moratoire et de maintenir le Japon au sein de la CBI", affirme à tf1.fr Christophe Guinet, chargé de recherche au CNRS, au Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres. "Il est vrai que la population des petits rorquals en Antarctique est suffisamment abondante pour qu’elle puisse être chassée", admet le chercheur. "Ces chasses scientifiques ont pour objectif d’identifier les différentes population de petits rorquals, d’étudier leur régime alimentaire et les zones de leur présence en fonction de facteurs océanographiques tels que la température de l’eau ou la présence de la banquise. Mais la valorisation scientifique de ces travaux est assez sommaire et tous les petits rorquals péchés finissent dans l’assiette des Japonais", précise Christophe Guinet.

Selon lui, la chasse à la baleine n’est pas un problème essentiel. "Le développement de l’activité humaine, l’essor des transports, la pollution… ont un impact considérable sur le milieu marin, qui se dégrade fortement", déplore le scientifique. Et de citer en exemple ces projets visant à pêcher des organismes qui constituent l'alimentation de base de nombreux animaux marins et d’oiseaux, mettant ainsi à mal la chaîne alimentaire marine. Des organismes qui seront alors transformés en farines, lesquelles seront destinées à nourrir d’autres poissons... élevés pour la consommation humaine.

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Par Matthieu DURAND le 09 avril 2002 à 07:00
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