Et César inventa la Gaule (1/2)

Par Matthieu DURAND, le 15 mai 2002 à 07h00 , mis à jour le 14 mai 2002 à 14h39

Lors des grands événements politiques ou sportifs, il est fréquent d’entendre parler de l'héritage gaulois des Français. Christian Goudineau, professeur au Collège de France, balaie pour tf1.fr un certain nombre d’idées reçues.

par Toutatis (détail) livre Gaule Rome histoire sanglier © INTERNE

"Que reste-t-il de la Gaule ?", s'interroge Christian Goudineau, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des Antiquités nationales, dans le titre de son dernier et passionnant ouvrage, Par Toutatis ! (1) Pour tf1.fr, il répond à cette question toujours d’actualité.

Sur le web

Collège de France

Centre archéologique
européen du
Mont-Beuvray et
Musée du monde
celtique

 


-
 

tf1.fr : Vous avez souhaité laisser passer l’élection présidentielle avant de nous accorder cette interview. Pourquoi ?

Christian Goudineau : Pendant la présidentielle, ce qu’il y avait de très gênant, c’était d’une part, la parution du livre de Denis Tillinac intitulé Chirac le Gaulois et d’autre part, les références aux Gaulois qui émaillent les discours de Jean-Marie Le Pen. Il y a également un certain nombre d’associations qui font l’apologie du druidisme. En fait, il s’agit souvent de sectes qui tiennent des discours avec des connotations d’extrême droite. Cette exaltation d’une soit disant "pureté celte", c’est une fantasmagorie née à la fin du 19e siècle, liée au préromantisme et à la redécouverte des monuments mégalithiques, qui n’ont aucun rapport avec les Celtes.

tf1.fr : Celtes, Gaulois, quelle est la différence ?

C. G. : Il n’y en a pas. Dans l’Antiquité, le monde celtique s’étendait de l’Atlantique à Budapest. Les Gaulois se dénommaient entre eux les Celtes. Ce sont les Romains qui leur ont donné le nom de Gaulois, de même qu’ils ont donné le nom de Grecs aux Hellènes.

tf1.fr : Dans votre livre, vous n’y allez pas par quatre chemins — et tous les chemins mènent à Rome — puisque vous affirmez que la Gaule est une invention de César…

C. G. : César a voulu donner un nom au territoire qu’il a conquis, Gallia, en lui assignant la frontière du Rhin. Cette pratique s’est reproduite souvent, notamment avec le colonialisme. De l’autre côté du Rhin, les Celtes sont donc devenus des Germains, qualifiés de barbares. Ce qui explique pourquoi, à partir de la Révolution, les Français avaient la certitude que le Rhin constituait une frontière "naturelle". Une certitude qui s’est révélée lourde de conséquences…

tf1.fr : Vous mettez en pièces les nombreuses idées reçues sur la Gaule et les Gaulois, qui ont été popularisées via les aventures d’Astérix…

C. G. : Au sens césarien, la Gaule était constituée d’une soixantaine d’Etats plus ou moins grands, parfois liés entre eux par des alliances. Certains en dominaient d’autres. Ces Etats avaient des constitutions, des capitales… La Gaule était très habitée et très exploitée. Qui dit agriculture, dit élevage. Le sanglier, dont la chasse était réservée aux aristocrates, ne représentait pas plus de 5% de la nourriture carnée des Gaulois ! Avant même la conquête romaine, la Gaule est entrée dans l’espace économique méditerranéen, échangeant des esclaves contre des vins italiens notamment. En 120-100 avant Jésus Christ, quelques peuples gaulois ont même entièrement refondu leur système monétaire afin que leur monnaie s’aligne sur le denier romain. Une sorte de passage à l’Euro avant l’heure mais en beaucoup plus complexe ! L’aristocratie et le peuple gaulois se sont complètement intégrés à l’Empire romain. A tel point qu’en deux à trois générations, la langue gauloise a cessé d’exister.

tf1.fr : La France est la seule à avoir inventé le vocable "gallo-romain". A quoi correspond cette revendication de double appartenance ?

C. G. : On se revendique dans une individualité propre mais comme ayant participé à la civilisation, à l’ordre et à la paix. Cette revendication est vraisemblablement liée au colonialisme du 19e siècle. Les Gaulois étaient pleins de qualités mais heureusement qu’ils ont perdu car ils ont intégré un grand empire, disait-on. Nous avons tenu le même discours aux Africains et aux Asiatiques dont la France a conquis les territoires.

(1) Christian Goudineau : Par Toutatis ! Que reste-t-il de la Gaule ?, Seuil, 179 pages, 19€.

Cliquez ici pour lire l'interview
d'un spécialiste de la langue gauloise
et écouter de la poésie en gaulois

e-TF1 n'est aucunement responsable du contenu des sites externes
pour lesquels elle offre des liens.

Par Matthieu DURAND le 15 mai 2002 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience