© INTERNElangue morte... qu'il fait revivre en déclamant trois poèmes de son cru.
tf1.fr : Que sait-on de la langue gauloise ?
Jean-Paul Savignac : La langue gauloise fait partie des langues indo-européennes, au même titre que le latin, le grec ou le hittite. Elle est issue d’un celtique commun subdivisé lui-même en celtibère, en Espagne, en celto-étrusque, en Italie, en goïdélique, en Irlande, en brittonique, en Grande-Bretagne, et en gaulois.
tf1.fr : Que reste-t-il des inscriptions en gaulois ?
J.-P. S. : On a retrouvé environ 150 à 160 inscriptions gauloises pour plus de 15.000 inscriptions latines. Elles ont été rédigées du 3e siècle avant Jésus Christ au 5e siècle après J.C. Il s’agit d’ex-voto, de dédicaces, de vœux divers, de comptes de potiers, de tablettes magiques, d’un épithalame (poème lyrique composé pour un mariage, NDLR), d’un calendrier gravé dans le bronze... Les Indo-européens n’avaient pas d’alphabet ; ils utilisaient donc les alphabets locaux, comme l’étrusque ou l’ibère. Les Gaulois ont recouru à l’alphabet grec jusqu’à la conquête de César, qui a imposé le latin.
tf1.fr : Comment est-on parvenu à les déchiffrer ?
J.-P. S. : Il y a eu des déchiffreurs pionniers, qui se sont d’ailleurs beaucoup trompés. Certains ont cru que ces inscriptions étaient de l’hébreu ! La lecture même de ces inscriptions a également posé beaucoup de problèmes car certaines d’entre elles ont été écrites ou gravées à la va-vite, en lettres cursives. Quand on a émis l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’une langue indo-européenne, la recherche a fait un bond prodigieux. Le sens du mot gaulois "duxtir", trouvé dans une inscription du Larzac, a été compris en le comparant à l’anglais "daughter", à l’allemand "tochter", au grec "thugater" et au sanscrit "duhitar", qui signifient tous "fille". A la centaine de mots gaulois répertoriés, il faut ajouter 30.000 noms propres qui ont une signification en gaulois et que l’on peut utiliser pour enrichir le vocabulaire. Le nom des Parisii, qui a donné celui de notre capitale, signifie "Ceux du chaudron". Les Gaulois s’appelaient "Les durs" dans telle région, "Les bien bouclés" dans telle autre, "Les routiers" ailleurs…
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tf1.fr : Dans votre recueil de poèmes Le chant de l’initié, vous avez reconstitué cette langue disparue. Il s’agit plus d’un travail artistique que scientifique…
J.-P. S. : Avec un ami peintre Philippe Canal, nous avons travaillé conjointement sur des thèmes gaulois. J’ai imaginé ce qu’aurait pu être la langue gauloise, en me basant sur les mots existants et sur le celtique actuel. Dans quelques cas, j’ai fait des emprunts à d’autres langues indo-européennes, comme le grec.
tf1.fr : Comment avez-vous défini la manière de parler le gaulois ?
J.-P. S. : Je me suis appuyé sur des travaux de linguistes. Par exemple, le mot latin "lucterius" s’écrit "luchterius" en grec. Cette différence orthographique devait correspondre à une prononciation différente. On se dit que le "CHT" devait se prononcer comme dans le mot allemand "aCHTung" ou la jota espagnole. Il existe également des témoignages d’époque sur la façon prononcer certains mots gaulois, comme celui de Diodore par exemple. Un témoignage explique même que deux groupes de Gaulois qui se battaient entre eux et s’invectivaient croyaient chacun avoir affaire à des Grecs !
tf1.fr : Pourquoi êtes-vous si attiré par la culture gauloise ?
J.-P. S. : Je suis un amateur et non un spécialiste. Je veux recueillir ce qu’il y a d’intéressant dans l’héritage gaulois et aussi réparer une injustice. Je ne comprends pas pourquoi les Gaulois sont rejetés, honnis… Les Français ne sont pas très curieux de leur passé. Il y avait, dans la langue gauloise, un surcroît de sens qui nous manque et qu’il faut essayer de retrouver. Ce qui est merveilleux, c’est que l’on ne cesse de découvrir de nouvelles inscriptions. Saint Irénée prêchait à Lyon en gaulois. Et s’il avait eu la fantaisie de traduire les évangiles en gaulois ?
(1) Dans Merde à César (188 pages, 21,04€), Jean-Paul Savignac évoque et commente des écrits gaulois. Le chant de l'initié (94 pages, 14,94€) est un recueil de poèmes gaulois, avec leur traduction en français, illustré par des encres de Philippe Canal. Les deux ouvrages sont édités aux Editions de la Différence.
photo d'ouverture tirée du Chant de l'initié, Editions de la Différence, 94 pages, 14,94€.
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