© INTERNESi les conséquences néfastes du tabagisme sont bien établies pour de nombreux organes, peu de travaux ont jusqu’alors rapporté des effets négatifs sur le cerveau. C’est désormais chose faite grâce à l’étude (1) réalisée par les équipes de Pier-Vincenzo Piazza et Djoher Nora Abrous, chercheurs à l’Unité 259 "Psychobiologie des Comportements Adaptatifs", de l’Institut de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Explications.
tf1.fr : Que connaît-on actuellement des effets de la nicotine sur la santé ?
Sur le web L'étude publiée
Pier-Vincenzo Piazza : Nous savons que, chez la femme enceinte qui fume, les effets de la nicotine sur le développement du fœtus sont plutôt nocifs. Chez l’adulte, il existait une croyance que la nicotine avait des effets plutôt positifs sur les performances du cerveau, voire presque un effet neuroprotecteur. Par ailleurs, les scientifiques se sont récemment rendus compte que, contrairement à ce qu’ils croyaient, le cerveau adulte continue de produire de nouveaux neurones. Et une des plus grosses productions de neurones est réalisée dans la structure de l’hippocampe, laquelle est impliquée dans l’apprentissage et la mémoire. Enfin, lorsqu’une personne arrête de fumer, nous savons qu’elle est soumise à une augmentation de perturbations cognitives importantes. A savoir : problèmes d’attention, de mémoire… Nous avons donc essayé de voir si la nicotine pouvait avoir un effet négatif sur le cerveau adulte et, plus précisément, sur ses cellules immatures (nouvellement créées et en cours de maturation, NDLR).
dans The Journal
of Neuroscience
(en anglais)
tf1.fr : Comment avez-vous procédé ?
P.-V. P. : Nous avons appris à des groupes de rats à s’auto-administrer des doses de nicotine par voie intraveineuse, à raison d’une heure par jour pendant 42 jours. Chaque rongeur pouvait moduler la quantité et la fréquence de nicotine administrée. Nous avons ensuite tué les rats pour y observer, dans une région de leur hippocampe appelée gyrus dentelé, le nombre de nouveaux neurones produits (neurogénèse), le nombre de cellules mortes et l’expression de PSA-NCAM. Cette dernière est une protéine qui fluidifie les contacts entre les cellules et donc augmente la capacité des neurones à garder de l’information.
tf1.fr : Qu’avez-vous découvert ?
P.-V. P. : Les animaux prenant de la nicotine produisent presque 50% de nouveaux neurones en moins. La mort cellulaire est aussi plus importante chez eux. Enfin, l’expression de la PSA-NCAM décroît au fur et à mesure que la prise de nicotine augmente. Tout ceci est susceptible d’avoir un impact négatif sur les capacités d’apprentissage et de mémorisation.
tf1.fr : En quoi cette étude est "parlante" pour les êtres humains ?
P.-V. P. : Les doses de nicotine administrées aux rats se situent dans la fourchette de celles consommées par les fumeurs et de nombreux mécanismes sont observés chez les deux espèces. Nous avons mis en évidence les effets délétères de la prise chronique de nicotine sur le cerveau adulte. Reste à démontrer si ce phénomène est responsable des perturbations cognitives qui interviennent pendant le sevrage à la nicotine. Si c’est le cas, cela ouvre des perspectives intéressantes dans le traitement pour arrêter de fumer.
(1) Etude publiée dans The journal of Neuroscience, numéro du 22 mai 2001.
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