Pères irradiés, enfants cancéreux : un lien controversé

Par Matthieu DURAND, le 21 juin 2002 à 07h00 , mis à jour le 20 juin 2002 à 18h43

Les enfants d’employés d’un site nucléaire britannique risquent-ils plus que d’autres de développer un cancer ? Les résultats d’une étude suscitent une controverse.

logo nucléaire © INTERNE

L’existence d’enfants cancéreux près du site nucléaire (usine de retraitement de déchets) de Sellafield, en Grande-Bretagne, est-elle liée aux radiations reçues par leurs parents travaillant sur le site ? Une étude, financée par l’industrie nucléaire britannique, relance le débat dans ce pays, comme le révèle le magazine New Scientist.

Première étude, premier débat

L’idée d’un lien entre les employés irradiés et les enfants atteints de leucémie a été suggéré une première fois en 1990 par Martin Gardner, un épidémiologiste de l’université de Southampton, rappelle la revue. Cette hypothèse avait été alors très critiquée, des experts affirmant que le nombre d’enfants cancéreux était dû aux importants mouvements de population dans la région. Selon eux, ces va-et-vient ont contribué à propager des infections pouvant accroître les risque de cancer.

15 fois plus
d'enfants
leucémiques
dans un village
proche du
site nucléaire
 

Or, l’hypothèse de Gardner pourrait s’avérer juste, selon Heather Dickinson et Louise Parker, de l’université de Newcastle, auteurs de nouveaux travaux complets sur la question. Les scientifiques ont comparé les destins de 9.859 enfants dont les parents ont été exposés à des radiations à Sellafield avec ceux de 256.851 enfants nés d’autres parents dans cette région, entre 1950 et 1991. Résultat : les cas de leucémies et de lymphomes (tumeurs malignes) non hodgkiniens étaient deux fois plus élevés chez les "enfants de Sellafield" et quinze fois plus élevés chez les enfants de Seascale, un petit village près du site nucléaire. Autre découverte : le risque que les enfants développent un cancer augmentait en fonction de la dose de radiation reçue par leurs parents.

Divergences autour des résultats

A Seascale, l’augmentation du risque de cancer s’explique principalement par le mélange de population liée aux déménagements et emménagements, affirment les chercheuses. Mais elles précisent que l’explication ne tient plus pour les enfants de Sellafield. S’il existe de plus en plus de preuves que les dommages créés par des radiations peuvent être transmis d’une génération à une autre, Heather Dickinson et Louise Parker soulignent que ce risque est faible : 13 enfants nés de parent(s) employé(s) à Sellafield ont contracté une leucémie en 41 ans. Et parce que les employés sont soumis à des radiations plus faibles aujourd’hui, il est peu probable qu’ils en subissent désormais les effets.

De quoi satisfaire la direction des Carburants nucléaires britanniques (British nuclear fuels, BNFL), la société qui gère le site de Sellafield et qui sponsorise le Westlakes research institute, lequel a partiellement financé l’étude de Dickinson et Parker. Pour les opposants locaux au nucléaire, au contraire, les travaux récents réhabilitent ceux de 1990 et BNFL est coupable de l’ignorer. Le débat n’est pas clos mais il a le mérite d’exister. Une telle étude, co-financée par EDF ou la Cogema, serait-elle même envisageable en France ?

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Par Matthieu DURAND le 21 juin 2002 à 07:00
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