Cosmétiques nocifs : une "tarte à la crème" !

Par Matthieu DURAND, le 12 juillet 2002 à 07h00 , mis à jour le 11 juillet 2002 à 18h45

Selon une étude américaine, de nombreux produits de beauté fabriqués par de grandes marques contiennent un produit chimique nocif. Un spécialiste français tempère ces résultats.

maquillage femme mannequin produits de beauté rouge à lèvres Dior 1998 AFP © INTERNE

Utilisés pour séduire, les produits de beauté contribuent aux rapprochements humains et, quelque part, à la reproduction de l’espèce. Or, certains parfums, crèmes et déodorants pourraient au contraire mettre à mal la fertilité de leurs utilisatrices et utilisateurs. Motif : ils contiennent des phtalates, un produit chimique dangereux pour la santé. C'est, en tout cas, ce qu'avancent trois organisations américaines de lutte pour l'environnement, qui ont testé 72 produits dont 72% contenaient la substance nocive.

Parents et bébés concernés

Selon ces organisations, les phtalates, une famille de produits chimiques industriels utilisés pour assouplir le plastique et comme solvant, provoquent l'atrophie des testicules chez les hommes et de nombreux problèmes sur les organes de reproduction. Des essais sur des animaux ont montré d'autres effets tels que des dégâts au foie, aux reins et aux poumons. Ces phtalates ont été trouvés dans des produits comme le parfum Poison de Christian Dior (groupe LVMH), des déodorants, des gels pour cheveux de marques telles que Revlon, Calvin Klein et Procter & Gamble, affirme l'étude qui précise que ce sont les parfums qui en contiennent le plus.

L'étude citant le Centre de contrôle des maladies (CDC) indique que 5% des femmes en âge d'avoir des enfants — soit deux millions aux Etats-Unis — pourraient être 20 fois plus touchées que la normale. Le CDC connaît ces phtalates depuis plus de 20 ans. Ils ont été trouvés dans d'autres produits courants tels que des emballages de nourriture, des rideaux de douche, des intérieurs d'automobiles, du mortier et de la peinture.

"Tarte à la crème"

"Les phtalates constituent une famille de différentes molécules chimiques qui ne se comportent pas toutes de la même manière", indique à tf1.fr Jean-Claude Lhuguenot, directeur du laboratoire de toxicologie alimentaire à l'Ensbana (1), à Dijon. "Le composé le plus représenté de cette famille, c'est le DEHP. Le reproche majeur qu'on lui fait est d'être cancérogène. Or, depuis un an, l'Agence internationale contre le cancer ne le classe plus dans les produits cancérogènes. En revanche, il fait partie des produits à examiner selon la liste, établie par la Commission européenne, des produits pouvant présenter une activité de perturbation endocrinienne. C'est-à-dire pouvant avoir un impact sur le développement de l'appareil génital, mâle ou femelle", précise le scientifique.

"Le DEHP est un des produits les plus étudiés au monde pour son impact sur la santé. Il y a ainsi des lobbies pro-DEHP et des lobbies anti-DEHP. Et dans 30 ans, on reparlera encore de son impact supposé sur la santé", poursuit le chercheur. Pourquoi autant d'acharnement ? "Quand on a une tarte à la crème, on ne la lâche pas !"

(1) Ecole nationale supérieure de biologie appliquée à la nutrition et l'alimentation.

Coup de pub ?

Contacté par tf1.fr, Pierre Perrier, directeur des affaires scientifiques de la branche Parfums et cosmétiques de LVMH, voit dans cette étude un "coup de pub" de la part des organisations américaines. Pour lui, choisir de montrer du doigt un parfum appelé Poison n'est pas non plus un hasard. Concernant la dangerosité supposé des phtalates, Pierre Perrier évoque l'avis du 4 juin 2002 émis par le Comité scientifique de cosmétologie de la Commission européenne. Il indique que dans des conditions normales d'utilisation, le DEP (diethylphtalate, un dénaturant qui est utilisé dans l'industrie cosmétique pour donner un goût amer aux alcools non destinés à être ingurgités) ne comporte aucun risque. "Cette étude américaine illustre bien la confusion entre risque et danger. Lors de l'adoption de l'euro, une campagne allemande montrait que les billets de 10€ contenaient un produit dangereux. Après vérification, pour qu'il y ait danger, il aurait fallu que quelqu'un mange plus de 400 billets par jour ! De la même sorte, nous pourrions dire qu'il serait dangereux pour une femme enceinte de boire plus de 1,5 litre de parfum par jour", déclare Pierre Perrier.

photo d'ouverture : AFP

Par Matthieu DURAND le 12 juillet 2002 à 07:00
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