© TF1tf1.fr : Dans quels cas un médecin intervient-il lors d’une interpellation ?
Benoît Hoestlandt (1) : Lorsqu’une personne est interpellée, il faut s’assurer que son état médical est compatible avec la garde à vue. Si le commissariat n’abrite pas de médecin ou si la présence d’un spécialiste est requise, l’officier de police judiciaire (OPJ) en réquisitionne un. A l’issue de l’examen médical, par dérogation au secret professionnel, le médecin répond à la question ou aux questions posées par la police. Par exemple : "est-ce que la santé de la personne interpellée est compatible avec une garde à vue ?" Le médecin peut répondre oui ou non et, éventuellement, préconiser un traitement : tranquillisant pour quelqu’un d’agité, insuline pour un diabétique…
tf1.fr : Et dans le cas d’une personne suspectée d’être atteinte de troubles psychologiques ?
B. H. : Le psychiatre réquisitionné doit répondre à la question suivante : "est-ce que le trouble mental de la personne est susceptible de compromettre la sécurité des personnes ou de compromettre gravement l’ordre public ?" Le praticien peut alors recommander une hospitalisation d’office, c’est-à-dire sans le consentement de la personne. Cette décision est alors confirmée ou pas par le préfet.
tf1.fr : En quoi consiste l’examen psychiatrique ?
B. H. : La déontologie recommande d’avoir des conditions d’examen normales, à savoir que le médecin puisse examiner l’interpellé non menotté dans une pièce un peu confidentielle. Mais ce n’est pas toujours possible, surtout en présence d’un forcené ou d’une personne armée. L’examen psychiatrique consiste d’abord à éliminer si possible les causes organiques à l’agitation : intoxication, traumatisme crânien… Ensuite, le psychiatre essaie de déterminer, chez l’interpellé, l’adaptation à la réalité, le jugement, le discernement. Je lui fais parler de sa famille, son travail, de choses anodines… Et en fin d’entretien, je l’amène à décrire les faits qui l’ont amené là.
tf1.fr : En général, est-ce qu’il est facile d’établir un dialogue ?
B. H. : Oui, quand on se présente comme psychiatre, la quasi totalité des gens le prennent bien et se mettent à parler, comme n’importe quel patient. Il en va de même avec les agités ou les violents. On leur explique d’ailleurs pourquoi ils sont attachés, que c’est pour leur propre sécurité… Mais les interpellés protestent rarement contre la police.
tf1.fr : Comment déterminez-vous si un forcené est responsable de ses actes ?
B. H. : Quand quelqu’un peut raconter son acte et dire que ce qu’il a fait était interdit, je considère que son discernement n’est pas aboli. Certes, il peut être altéré par la passion mais il n’est pas aboli. Certains experts ont trop souvent tendance à déclarer des criminels irresponsables. Or, en cas d’hospitalisation d’office, les poursuites sont souvent arrêtées et c’est dommage. Les délinquants doivent être soignés et punis. Ce sera apparemment le cas pour Maxime Brunerie (voir articles liés). De même qu’il est important pour une victime d’être reconnue comme telle au tribunal, il faut remettre les agresseurs à leur place. Malheureusement, au moment de la levée d’une hospitalisation d’office, le délinquant est souvent abandonné à son acte et le juge aux abonnés absents. Or, la psychiatrie ne peut pas tout faire.
(1) Benoît Hoestlandt est psychiatre à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon et expert auprès de la Cour d’appel du Rhône.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




