"Drogue des violeurs" : appel à la vigilance

Par Matthieu DURAND, le 02 juillet 2002 à 07h00 , mis à jour le 01 juillet 2002 à 17h37

Surnommé la "drogue des violeurs", le gamma-hydroxybutyrate (GHB) fait l’objet de plusieurs enquêtes policières. Le neurobiologiste Jean-Pol Tassin explique la difficulté à identifier cet anesthésique détourné à des fins criminelles.

fait divers © INTERNE

En plein début de période estivale, synonyme de fêtes et de sorties en boîte pour beaucoup de vacanciers, Le Parisien annonce une nouvelle alarmiste : "La drogue des violeurs fait des ravages". Il s’agit du gamma-hydroxybutyrate (GHB), un produit anesthésique que des agresseurs verseraient dans les boissons de leurs victimes pour les plonger dans un état second avant d’abuser d’elles.

"Inodore et incolore"

Le GHB est un produit pharmaceutique, qui a été utilisé à l’origine pour les anesthésies en milieu hospitalier, explique Le Parisien dans son édition du 1er juillet. Existant sous forme de "liquide inodore et incolore", de "poudre blanche" ou de "granulés solubles dans l’eau", poursuit le journal, le GHB "provoque un état euphorique et de soumission mais il induit surtout des pertes de mémoire temporaires". "On l'appelle l’ecstasy liquide, elle a relativement peu de goût", résume à tf1.fr Jean-Pol Tassin, neurobiologiste au Collège de France et directeur de recherche à l’Inserm.

"Une dizaine de dossiers" sur cette "drogue des violeurs" serait à l’instruction à Paris, indique un policier au Parisien. "Devant l’ampleur prise par le phénomène, certains patrons de boîtes parisiennes ont décidé de prendre les devants", selon le quotidien qui révèle que les verres du club parisien le Queen sont désormais équipés de couvercles en plastique "pour éviter que du GHB soit versé à l’insu du consommateur".

Prudence de rigueur

143 cas d’usages
de drogue
dans la réalisation
de crimes entre
1999 et 2001

Sans contester l’usage criminel de cette substance, ni les enquêtes en cours, Jean-Pol Tassin tient à rester prudent. "Comme souvent avec les drogues, on est dans le processus du fantasme", affirme-t-il. Selon lui, "il y a beaucoup de bruits qui courent sur le GHB mais il n’existe pas d’éléments épidémiologiques" confirmant un usage répandu de cette substance dans le cadre de viols. "Il est très difficile d’identifier cette substance, qui peut être par ailleurs produite par l’organisme et qui disparaît rapidement", annonce le chercheur. Et de préciser que "le cocktail rohypnol (somnifère) et alcool entraîne une désinhibition" voisine de celle provoquée par le GHB.

Reste que, pour le professeur Gérard Lagier, directeur du Centre antipoison de Paris cité par Le Parisien, "un énorme travail d’information et de prévention est à faire". Entre 1999 et 2001, lui et son équipe ont "identifié 143 cas d'usages de drogue dans la réalisation de crimes, notamment de viols". Un message aux teufeurs et noctambules : cet été, ne cédez pas à la panique mais soyez vigilants.

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Par Matthieu DURAND le 02 juillet 2002 à 07:00
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