© INTERNELe succès des bals du 14 juillet repose en grande partie sur le plaisir du public d’y entendre et de danser sur des chansons populaires. Mais pourquoi ces airs, qui brillent souvent par leur "absence apparente de profondeur", nous sont-ils aussi chers ? C’est ce qu’a tenté de comprendre le psychanalyste Philippe Grimbert dans Chantons sous la psy (1). Une "leçon de psychanalyse en musique" étonnante, claire et drôle, qui n’a rien de "capillotracté" (2), où l’auteur affiche son amour pour la chanson en citant Freud, Lacan, Trenet, Barbara, Sacha Distel ou Guesch Patti.
"On n'évitera pas Scoubidou"
"Chaque épisode de notre existence intime, familiale, sentimentale, voire professionnelle possède sa chanson, qui en célèbre le souvenir", explique l’auteur. Et chacun de se constituer ainsi son propre "best of". Personne n’échappe à l’influence de la chanson, poursuit Philippe Grimbert. "On pourra passer à côté de Malher (…), on pourra ne jamais croiser Racine ou Shakespeare, on n’évitera pas Scoubidou", affirme le psy mélomane. Car ces quelques refrains et couplets jouent un rôle essentiel, "facilitant notre entrée dans le langage, fixant à jamais nos souvenirs et pacifiant notre rapport au monde". 
Au-delà de ces explications, Philippe Grimbert reconnaît qu’il existe une magie, une énigme, un secret qui entoure cet art populaire. Qu’est-ce qui fait un tube ? Le marketing certes, mais ce n’est pas tout. La chanson véhicule un "message codé", qui échappe bien souvent à ses auteurs et qui touche le public au plus profond de lui-même, de son inconscient.
Eros et Thanatos
Exemples à l’appui, Philippe le fan redevient Grimbert le psychanalyste pour se livrer à une exploration en profondeur d’une dizaine d’œuvres inscrites à jamais dans notre patrimoine musical. Sous les paroles les plus badines ou les plus anodines, Philippe Grimbert met à jour des thèmes universels comme la mort, l’inceste, la sexualité, le langage… Des paroles aussi fameuses que "J’ai la rate qui s’dilate…" ou "Crac-boum-hue" en disent ainsi plus long que ce qu’elles laissent entendre.
A l’inverse, le psy n’hésite pas à prendre le contre-pied des lieux communs. Un cliché, qui constitue également un principe de la psychanalyse, veut que l’homme obéisse à la loi du désir et la femme à celle de l’amour. L’analyse comparée d’Etienne (Guesch Patti) et de Ne me quitte pas (Jacques Brel) amène Philippe Grimbert à émettre l’hypothèse contraire. Quant au très explicite Love on the beat (Serge Gainsbourg), il relève davantage de l’Amour courtois des troubadours du Moyen-Age que d’une "banale et obscène provocation musicale". Grâce à Philippe Grimbert, vous n’entendrez plus les chansons de la même façon !
(1) Philippe Grimbert : Chantons sous la psy, Hachette littératures, 172 pages, 14,90€.
(2) tiré par les cheveux
photo d'ouverture : AFP
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