La déforestation, un échec écologique et économique

Par Matthieu DURAND, le 22 août 2002 à 07h00 , mis à jour le 21 août 2002 à 18h07

Selon un expert de l’Office national des forêts, la déforestation, qui porte atteinte à la biodiversité, s’avère un mauvais calcul économique. Une prise de conscience s’opère mais des mesures urgentes restent à prendre.

arbre coupé © INTERNE

Jacques Trouvilliez est directeur régional de l’Office national des forêts (ONF) à La Réunion. A la veille de partir à Johannesburg pour le Sommet de la Terre, il présente à tf1.fr les enjeux liés à la déforestation.

tf1.fr : Sait-on précisément mesurer les dégâts de la déforestation à l’échelle planétaire ?

Jacques Trouvilliez : Oui, notamment grâce aux satellites. La déforestation touche 15 millions d’hectares par an — l’équivalent de la superficie de toutes les forêts de France métropolitaine. C’est un phénomène quantitativement élevé et qui semble s’accélérer. Mais ce n’est pas vrai partout : la France n’a jamais été aussi boisée que maintenant et la situation en Europe occidentale est plutôt satisfaisante. En revanche, les pays en voie de développement ou en extrême pauvreté sont les plus touchés.

tf1.fr : Quelles en sont les causes ?

J. T. : Elles sont multiples. D’abord, dans ces pays, le bois est souvent indispensable à la survie des populations, qui s’en servent pour cuire des aliments ou se chauffer. Il y a également un pillage organisé des forêts mené soit par des bandes armées afin d’alimenter leur guérilla, soit par le pouvoir en place. Enfin, la mise en valeur agricole de ces espaces s’avère incompatible avec le maintien du couvert forestier. Le problème, c’est que les terres ainsi défrichées sont extrêmement pauvres. Au bout de dix ans, les sols sont lessivés et deviennent impropres à la culture ou au pâturage. A long terme, la déforestation est également un échec économique.

tf1.fr : Et la déforestation porte atteinte à la biodiversité…

J. T. : D’un point de vue qualitatif, les forêts européennes sont plus pauvres qu’il y a vingt ans mais elles sont désormais plus fonctionnelles : elles abritent une diversité biologique, leurs sols contribuent à les enrichir en matière organiques, elles retiennent le carbone dans le tronc des arbres et, enfin, elles accueillent également le public qui vient s’y promener. En zone tropicale, les forêts primaires sont remplacées par des plantations industrielles. Or, sur 10 hectares, on trouve 10 espèces d’arbres en forêt boréale, 30 à 40 en forêt tempérée et plus de 100 en forêt tropicale. L’écosystème de cette dernière est plus vulnérable que dans les autres forêts. Si on ne fait rien, un mammifère sur quatre et 13% des oiseaux sont susceptibles de disparaître dans quelques années. Et on risque de perdre les connaissances en pharmacopée des populations vivant dans ce milieu — un savoir qui pourrait bénéficier à tous.

tf1.fr : Comment lutter contre la déforestation ?

J. T. : Premier objectif : pouvoir utiliser les forêts de manière rationnelle ou durable. Classer les forêts en parcs naturels ne constitue pas une panacée ; cela n’empêche pas les pillages. Il faut protéger les forêts quand cela est nécessaire et permettre leur exploitation quand c’est possible. Il faut aussi conserver des forêts exploitables près des aires protégées et créer des "corridors écologiques" pour permettre les mouvements des espèces d’un parc national à un autre. L’exploitation et la sauvegarde des forêts doivent être confiées aux populations locales. Il faut peut-être également utiliser les capacités des arbres à stocker du CO2 pour créer des puits de carbone.

tf1.fr : Une mesure rejetée par certaines ONG…

J. T. : Le débat s’est cristallisé et certaines personnes ont jeté le bébé avec l’eau du bain. On peut créer des puits de carbone tout en poursuivant l’amélioration des processus industriels pour les rendre moins polluants. D’autant que ce dernier point suscite des réticences de la part de certains pays. En attendant, créons des zones qui ne soient pas juste des usines à bois et favorisons le reboisement là où les problèmes sont les plus cruciaux. Par ailleurs, les produits tirés de ces forêts — les poutres des maisons, les planches des cases… — continuent de stocker le carbone ; c’est toujours ça de gagner sur la pollution.

tf1.fr : Le Sommet de la Terre, qui débute lundi prochain à Johannesburg, permettra-t-il de faire avancer ce dossier ?

J. T. : Le problème sera abordé, c’est sûr, maintenant il existe des positions très divergentes et le sommet risque d’aboutir à un texte un peu creux. Il y a tout de même une prise de conscience au niveau des Etats et de l’opinion publique. La France et l’Europe ont un rôle majeur à jouer en matière environnementale car, sur ce thème, on ne peut rien attendre de la part des Etats-Unis.

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Par Matthieu DURAND le 22 août 2002 à 07:00
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