Des WC pour sauver des vies

Par Matthieu DURAND, avec AFP, le 29 août 2002 à 18h01 , mis à jour le 28 août 2002 à 18h28

La consommation d’eau sale tue 2,2 millions de personnes par an dans le monde. Pour mettre fin à cette hécatombe, un expert a proposé lors du Sommet de la Terre de multiplier l’installation de toilettes publiques.

eau bidonville port-haïtien haïti DR: AFP © INTERNE

L’eau constitue l’une des cinq priorités du Sommet de la Terre à Johannesburg (voir encadré ci-dessous). Selon le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), 1,1 milliard de personnes dans le monde n'ont pas accès à l'eau potable et 2,4 milliards ne disposent pas d'installations sanitaires décentes.

6.000 décès d'enfants par jour

C’est ainsi que 2,2 millions de personnes, dont nombre d'enfants, meurent chaque année à la suite de diarrhées. Or, ces victimes pourraient être sauvées grâce l’installation de toilettes publiques. C’est ce qu’a expliqué à Johannesburg l’expert Richard Jolly, qui mène avec le soutien de l’ONU une campagne en faveur de l’eau, l’assainissement et l’hygiène (campagne Wash pour "water, sanitation and hygiene").

La contamination de l’eau est la cause principale de la consommation d’eau sale et de la propagation de maladies telles que le choléra et la diarrhée. Des maladies qui tuent 6.000 enfants par jour, indique Richard Jolly au site internet de New Scientist. Diminuer par deux les 2,4 milliards de gens dont le logement n’est pas équipé d’une évacuation des eaux usées — un objectif que poursuive la plupart des participants au Sommet — pourrait réduire d’un quart les maladies dans les pays en développement, affirme le spécialiste.

Réorienter l'aide

Le financement manque, affirment, entre autres, Etats-Unis, Canada et Australie. Mais, rétorque Richard Jolly, le coût de telles mesures demeurent modestes : 2 milliards de dollars par an, soit environ 2$ pour chaque habitant des pays riches. Et ce montant pourrait baisser si les organismes d’aide et les gouvernements finançaient non plus des projets coûteux de stations d’épuration en villes mais des programmes de latrines collectives dans les zones rurales et les bidonvilles.

Les initiatives ne manquent pas, relève New Scientist. A la suite d’une épidémie de choléra dans la Kwazulu en 2000, le ministre de l’Eau sud-africain a ainsi fait installé l’an passé 50.000 WC dans les zones rurales. En Inde, le Sulabh sanitation movement a équipé de latrines plus d’un million de foyers dans un pays où 700 millions de personnes font leurs besoins en plein air.

L'eau au Sommet

La moitié des habitants de la planète manquera d'eau dans trente ans si rien n'est fait, selon l'ONU. Le dossier, en tête des priorités du sommet de la Terre de Johannesburg, était au menu mercredi de la conférence des Nations Unies sur le développement et l'environnement. L'Union européenne (UE) et les Etats-Unis ont lancé des projets de partenariats associant fonds publics et privés, notamment en Afrique. Ces initiatives, sans doute l'aspect le plus fécond du sommet, masquent mal la pauvreté des textes politiques sur la table. Sur l'eau, le Sommet de Johannesburg propose aux pays un objectif de "réduire de moitié le nombre de personnes qui n'ont pas accès à l'assainissement d'ici 2015". Un objectif qui "n'a pas encore reçu d'accord" des délégués, a souligné mercredi la présidence danoise de l'UE.

photo d'ouverture : un garçon porte un seau d'eau sur sa tête, dans un bidonville de Port-Haïtien, à Haïti (AFP).

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Par Matthieu DURAND, avec AFP le 29 août 2002 à 18:01
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