"La seule mondialisation qui soit est celle de la pollution"

Par Matthieu DURAND, le 27 août 2002 à 07h00 , mis à jour le 26 août 2002 à 17h18

Dans son émission comme à la tête de sa fondation, Nicolas Hulot sensibilise l’opinion et les décideurs aux enjeux écologiques. Témoignage d’un infatigable arpenteur du globe.

nicolas hulot portrait © INTERNE

tf1.fr : A l’invitation du président de la République, vous allez vous rendre à Johannesburg au sein de la délégation française. Qu’allez-vous faire sur place ?

Nicolas Hulot : Rien d’autre qu’être à l’écoute des questions du président. Je me contente de l’éclairer. On a travaillé en amont sur la position française mais je n’occupe pas de rôle officiel. Tout ceci se déroule dans le cadre d’un dialogue permanent avec le chef de l’Etat.

tf1.fr : Quels résultats peut-on attendre de ces dix jours consacrés au développement durable ?

N. H. : A moins de croire aux miracles, pas grand-chose de concret. Compte tenu des échecs des réunions préparatoires et au rôle de figurant tenu par les Etats-Unis, les bases du sommet sont branlantes. Mais de l’échec de Johannesburg, on peut espérer que naisse une vraie prise de conscience mondiale et que l’Europe se démarque des Etats-Unis en adoptant des mesures concrètes. C’est difficile car quelques fois, ces mesures ont un coût économique qui constitue une forme d’injustice si on est le seul à en payer le tribut. Enfin, depuis le précédent sommet de la Terre à Rio, il y a dix ans, peu d’actions ont été engagées ; au contraire, la situation a empiré.

tf1.fr : Dans votre ouvrage Combien de catastrophes avant d’agir ? (1), vous écrivez être "un témoin des dégradations infligées partout à la Terre". Qu’est-ce qui vous choque le plus ?

N. H. : Où que l’on aille, même dans les endroits éloignés de toute concentration humaine, on peut lire les conséquences des dégradations provoquées par l’homme. Les ours polaires, par exemple, subissent des dérèglements hormonaux dus à la présence de plomb dans la chaîne alimentaire. La seule mondialisation qui soit est celle de la pollution ! Tous les paramètres environnementaux sont dans le rouge : il n’y en a pas un plus important que l’autre, tout est devenu urgent car on a trop attendu.

tf1.fr : Que faut-il faire ?

N. H. : D’abord, ne plus parler des effets mais s’attacher aux causes, à savoir : une économie de marché déshumanisée. Il faut redéfinir la notion de progrès — que l’on confond trop souvent avec la performance — passer à une croissance qualitative, raisonner avec une autre échelle de temps, revoir nos habitudes… Par exemple, est-il normal de fragmenter la planète en grandes zones de monocultures — ce qui en soi est déjà une aberration — au point de générer d’immenses flux de transports ? Deuxièmement, les politiques doivent se réapproprier le pouvoir au détriment des lobbies. Il faut débrider la recherche, qui reste majoritairement entre les mains des industriels. Les chercheurs doivent proposer des choix alternatifs dans le domaine de l’énergie ou des transports…

tf1.fr : Les pouvoirs publics et industriels américains seront-ils convaincus par ces arguments ?

N. H. : Les Américains sont cyniques jusqu’au bout mais au moins ils ne sont pas hypocrites. En revanche, les Européens affichent leur soutien au protocole de Kyoto mais, en coulisses, ils essaient de revenir dessus ou ils rechignent à prendre des mesures adéquates dans leur pays. Cette incohérence existe aussi en France, où les ministres de l’environnement qui se sont succédés depuis vingt ans ont laissé une trace insignifiante. Pas de leur fait mais par absence de transversalité entre les ministères. Or, chaque ministre doit être concerné par les enjeux écologiques.

tf1.fr : Concrètement, que faites-vous quotidiennement pour sauvegarder l’environnement ?

N. H. : On peut, bien sûr, faire des choses à l’échelle individuelle, comme ne pas gâcher l’eau, moins utiliser sa voiture ou consommer des produits fabriqués dans le respect de l’environnement… Il ne faut pas sous-estimer l’impact de ces petits gestes mais ils ne sont pas suffisants s’ils ne rencontrent pas un écho de la part de la collectivité. Quant à la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme, elle mène un travail de fond pour éduquer et sensibiliser à l’environnement les différents publics : écoliers, patrons, hommes politiques, pêcheurs…

tf1.fr : La prochaine émission d’Ushuaïa Nature, diffusée le 11 septembre, sera consacrée à Madagascar (2). Un pays particulièrement touché par les problèmes d’environnement…

N. H. : Madagascar connaît un des plus grands fléaux écologiques de la planète. Le pays a perdu 80% de son couvert forestier, qui recèle une importante biodiversité. Or, il faut se rappeler qu’un médicament commercialisé sur trois a emprunté ses molécules ou ses principes actifs dans la canopée des forêts tropicales. L’illustration que l’homme ne peut pas imaginer de perdre une telle richesse.

(1) Nicolas Hulot et le comité de veille écologique : Combien de catastrophes avant d’agir ?, Seuil, 190 pages, 14 euros.
(2) Ushuaïa Nature : "Madagascar, les sortilèges de l’île rouge", diffusée mercredi 11 septembre à 20h55 sur TF1.

photo d'ouverture : TF1

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Par Matthieu DURAND le 27 août 2002 à 07:00
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