© ManreoLes autorités sanitaires américaines doivent publier ce lundi un plan prévoyant, à la première alerte d’attaque bioterroriste, de vacciner dans les cinq jours quelque 288 millions de personnes contre la variole, selon le Washington Post. Une stratégie qui fait débat, comme l’explique à tf1.fr Daniel Levy-Bruhl, médecin-épidémiologiste à l’Institut de veille sanitaire (InVS).
tf1.fr : Quelle menace représente la variole aujourd’hui ?
Daniel Levy-Bruhl : En dehors de la menace terroriste, le risque est nul puisque le virus a été éradiqué à la fin des années 70. Il s’agit d’un virus très contagieux qui provoque une maladie très sévère, avec des risques de mortalité très élevés. Avec l’arrêt de la vaccination, une grande partie de la population est menacée, notamment les personnes nées après 1980 et qui ne bénéficient pas de protection contre le virus. Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est la très haute contagiosité de la variole. Une attaque terroriste contre un pays aurait forcément des répercussions au-delà de ses frontières. On assisterait alors à une pandémie, à une épidémie mondiale, dont le fardeau le plus élevé serait supporté par les pays non industrialisés, qui seraient moins préparés à y faire face.
tf1.fr : Que pensez-vous du plan de vaccination massive américain ?
D. L.-B. : Les Américains s’apprêtent à vacciner ce qu’ils appellent les intervenants de première ligne, à savoir les personnels de santé et de secours qui seraient amenés à entrer en contact avec les premiers cas de varioles. Quant à la vaccination massive, elle n’aura lieu qu’en cas d’alerte avérée.
tf1.fr : Est-ce un moyen efficace de lutter contre un début d’épidémie ?
D. L.-B. : Lorsque des premiers cas de contagion sont signalés, deux stratégies sont possibles. La première, qui s’appuie sur l’expérience acquise de l’éradication de la variole mais dans un contexte très différent, consiste à isoler chaque cas, identifier les personnes entrées en contact avec les contaminés et surveiller la progression de la diffusion. Dans la pratique, cette stratégie ne serait pas efficace dans le cadre d’une attaque massive ou de diffusion de la maladie dans plusieurs sites urbains. La deuxième stratégie, celle retenue par les Américains, consiste à mettre en œuvre une large vaccination. Mais le débat anime toujours la communauté scientifique.
tf1.fr : Quelles mesures ont été prises en France ?
D. L.-B. : Il n’y a pas grand-chose à surveiller en terme épidémiologique puisqu'il n’y a plus de virus. Il y a quelques mois, dans un contexte différent de la situation actuelle, le Conseil supérieur de l’hygiène publique de France s’est appuyé sur des travaux de l’InVS pour recommander une stratégie d’approche au cas par cas plutôt qu’une campagne de vaccination massive.
tf1.fr : Quels sont les dangers du vaccin antivariolique ?
D. L.-B. : Le vaccin dont on dispose n’est pas dénué d’effets secondaires graves, voire mortels. Pour un million de vaccinés, il y aurait entre un et cinq décès. Faut-il donc prendre le risque de vacciner toute une population pour faire face à des menaces hypothétiques ?
Symptômes de la variole La variole est transmise par les gouttelettes présente dans la salive ou les éternuements d'un individu malade mais aussi dans ses croûtes. La variole débute comme un syndrome grippal puis, après une incubation de deux semaines, apparaissent des rougeurs qui deviennent des vésicules avant de se transformer en pustules. "A l’époque où le virus n’était pas éradiqué, il n’existait aucun traitement pour les malades. Aujourd’hui, les antiviraux semblent avoir prouvé leur efficacité en laboratoire mais des effets secondaires demeurent", indique le docteur Levy-Bruhl. |
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