Cinéma : dans l'intimité des "Arbres"

Par Matthieu DURAND, le 28 septembre 2002 à 07h00 , mis à jour le 25 septembre 2002 à 11h35

Sur les écrans, un superbe film, ni tout à fait documentaire, ni vraiment fiction, permet de redécouvrir les arbres, tellement familiers qu’ils en sont ignorés. Une œuvre atypique qui ne laisse pas de bois.

palétuvier marécages DR : film ARBRES/BODEGA FILMS © INTERNE

Ils nous accompagnent (presque) partout, s’imposent à notre regard et pourtant, leur présence familière les rend invisibles à nos yeux. Une injustice que les cinéastes Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil ont souhaité réparer en leur consacrant un film : Arbres (1).

Poésie et humour

"L’histoire des arbres est liée à l’origine du monde. L’origine des hommes est liée à l’histoire des arbres", explique le comédien Michel Bouquet, qui commente avec sobriété et malice cette œuvre qui n’est pas tout à fait un documentaire, ni vraiment une fiction. "Chaque jour, depuis trois millions d’années, l’arbre permet à l’homme de respirer, de manger, parfois aussi de dormir, de jouer, et souvent de rêver", rappelle-t-il. Un exemple : le dattier, dont l’homme tire "paniers, tissu, boutons, boîtes, aiguilles, perles, noix de coco, harpons, filets, farine, cordes, nattes, hamacs, peigne, ivoire, savon, shampooing, alcool, sucre, miel, dattes, huile, couverts, tables, chaises, brosses, balais, matériaux de construction" ! Un inventaire à la Prévert — l’expression sied d’autant mieux au film qu’il est empreint de poésie… et d’humour. "Si vous rentrez dans une plante en voiture et que la voiture est cassée, alors c’est un arbre !", jubile Michel Bouquet.

Des arbres fous ou marcheurs


Des baobabs (photo tirée du film Arbres,
Bodega Films)

Sans céder à la tentation de représenter un éden de verdure dont l’homme est absent, les réalisateurs révèlent à quel point les arbres occupent une place prépondérante sur notre planète. Au cœur des villes et comme dans les endroits les plus arides, en forêt ou en plaine, ils étendent leurs branches, imposent leur masse ou se fondent dans le paysage. Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil ont parcouru le monde et ramené des images somptueuses (tournées en 35 mm). Pour saisir la vie des arbres, en capturer l’intimité, en faire sentir la matière, les auteurs ont alterné plans fixes et mouvements de caméra, le montage respectant le rythme biologique des géants de bois.

VIDEO :
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un extrait
d'Arbres

 

Et pour mieux pointer qu’il n’y a rien de plus différent d’un arbre qu’un autre arbre, les réalisateurs se sont attardés sur quelques espèces emblématiques ou surprenantes, tel le Britelcone pine, "un pin de 5.000 ans à moitié mort et à moitié immortel". Autres spécimens étranges : l’arbre étrangleur, un figuier qui s’accroche à ses congénères puis les étouffe ; au contraire de l’arbre timide, un pin qui évite tout contact avec ses voisins. Il y a aussi des arbres fous et même des arbres qui marchent : le palétuvier avance ainsi de quelques mètres par an. On reprochera toutefois au film sa durée (52 minutes), parfaite pour un documentaire télé mais un peu courte pour une œuvre projetée sur grand écran. D’où le sentiment de rester un peu sur sa faim, notamment en ce qui concerne les relations qui unissent les arbres aux autres êtres vivants (rapidement évoquées). Un sentiment qui s’explique aussi par le plaisir trop vite interrompu que suscite ce voyage de toute beauté.

(1) Arbres est notamment coproduit par l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

photo d'ouverture : un palétuvier (Arbres / Bodega Films)

Par Matthieu DURAND le 28 septembre 2002 à 07:00
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