Comment guérir ce traumatisme ?

Par Matthieu DURAND, le 11 septembre 2002 à 07h00 , mis à jour le 06 septembre 2002 à 12h10

Les attentats du 11 septembre ont provoqué des troubles psychologiques aux Etats-Unis comme en France. Leur portée fait l’objet de désaccords entre médecins français et américains, comme l’explique le psychiatre François Ducrocq.

terreur new york onze © INTERNE

François Ducrocq, psychiatre, est coordinateur inter-régional de la cellule d’urgence médico-psychologique pour le Nord de la France. Rattachées au Samu, ces cellules interviennent lors d’attentats, d’accidents graves, de prises d’otages… Pour tf1.fr, le spécialiste décrypte l’impact psychologique du 11 septembre, en France et aux Etats-Unis.

tf1.fr : Les attentats du 11 septembre ont-ils provoqué des troubles psychologiques chez les Américains ?

François Ducrocq : Il faut bien différencier ce qui s’est passé aux Etats-Unis, où les attentats ont provoqué un choc immense, ne serait-ce que par leur côté "violation de sanctuaire", et ce qui s’est passé ailleurs dans le monde, notamment en France, où nous avons toujours été confrontés au terrorisme dans notre histoire. Deuxièmement, il faut garder en tête que la manière d’appréhender le traumatisme psychique n’est pas la même aux Etats-Unis et en France. Les Américains se focalisent sur le stress alors que les Européens, et particulièrement les Français qui sont considérés comme les spécialistes mondiaux du traumatisme psychique, ont une approche issue de la psychanalyse et notamment de Freud. Pour nous, il n’y a de blessures psychiques que si l’individu a été confronté directement avec une menace vitale, avec sa propre mort. Dans le cadre d’un accident ou d’un attentat, il faut que l’individu aie eu le sentiment qu’il allait mourir.

tf1.fr : Combien d’Américains ont développé des troubles psychiques ?

F. D. : Selon Charlie Marnar, professeur de psychiatrie à San Francisco et l’une des trois-quatre personnes qui ont supervisé les retombées psychologiques du 11 septembre aux Etats-Unis, 100.000 Américains ont été traumatisés au sens médical, à savoir ont été confrontées à leur propre mort. Nous ne sommes pas d’accord ; selon nous, les spécialistes français, il y en a quelques centaines, voire quelques milliers au plus. Un exemple : je connais un médecin français qui se trouvait à 500 mètres des Twin towers le 11 septembre. Il les a vu s’écrouler mais il n’a jamais pensé un seul instant qu’elles pouvaient tomber sur lui. Comme je vous l’ai dit, les différences culturelles, au sens de l’histoire du pays, ont joué un rôle sur la perception de l’événement et son impact. En revanche, comme l’indique Marnar, il est crédible que les troubles anxieux, les dépressions et les troubles psychosomatiques (maux de tête, de ventre…) ont augmenté chez l’ensemble de la population américaine, de même que l’hyperactivité chez les enfants.

tf1.fr : Qu’en est-il pour la France ?

F. D. : Il y a trois cas de figures. Pour la population générale, exempte de toute maladie psychique ou de tout traumatisme antérieur, les conséquences du 11 septembre ne relèvent pas du domaine médical ou psychiatrique. Elles peuvent être d’ordre philosophique ou religieux… En revanche, les gens qui présentaient antérieurement une pathologie anxieuse — par exemple, vivre dans une attente craintive permanente — ont décompensé leur pathologie, c’est-à-dire qu’avec le 11 septembre, mais c’est aussi souvent le cas lors de tout événement dramatique dans l’actualité, leur maladie s’est aggravée d’un seul coup. Ils ont donc augmenté les doses de leur traitement ou sont retournés voir leur psychiatre. Il faut tout de même se rappeler qu’il y a en France 12% de déprimés et 10 à 15% de la population qui présentent des troubles anxieux. Un Français sur quatre a présenté ou présente une pathologie psychiatrique.
Troisième cas de figure : les gens qui ont été confrontés à un événement similaire dans leur vie : un viol, un attentat, un grave accident… Qu’ils aient ou pas développé des séquelles, le 11 septembre a eu sur eux un impact très fort, en activant ou réactivant leur névrose traumatique et leur état de stress post-traumatique. C’est surtout vrai pour les victimes des attentats de 1988 et 1995.

tf1.fr : Les victimes d’un tel traumatisme peuvent-elles être facilement guéries ?

F. D. : Une très large proportion des symptômes va guérir, essentiellement grâce à la psychothérapie et, dans une moindre mesure, grâce aux médicaments. Tout le problème vient du repérage des troubles : le médecin généraliste n’a pas toujours les éléments pour le faire et le patient doit surmonter sa culpabilité ou sa honte d’aller voir un psychiatre. Comme je le dis souvent à mes étudiants, une fois que le patient a franchi la porte du cabinet, c’est bon ! La prise en charge dure, en général, un an mais je suis certains patients depuis six ans.

Par Matthieu DURAND le 11 septembre 2002 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience