© INTERNEJean-Dominique Creutin est directeur de recherche au CNRS, au Laboratoire d’études de transferts en hydrologie et environnement (université de Grenoble). Pour tf1.fr, il revient sur les inondations du Sud-Est et les risques de crues en région parisienne.
tf1.fr : Les inondations qui ont frappé le Sud-Est sont présentées par les spécialistes comme un événement naturel mais leur ampleur est-elle exceptionnelle ?
Jean-Dominique Creutin : Tout dépend ce que l’on entend par exceptionnel. C’est effectivement un phénomène courant dans les régions méditerranéennes. Les quantités de pluies tombées cette fois-ci dans le Sud-Est, soit plus de 100 millimètres en quelques heures, ont été mesurées dix fois en 30 ans dans le Gard. De tels abats pluvieux s’étaient déjà produits en 1988 à Nîmes et dans le Gard, déjà, en octobre 1958, faisant alors 31 morts. Ce qui est grave, c’est que les pluies, les orages sont forts et immobiles.
tf1.fr : C’est ce qu’on appelle le "phénomène cévenol" ?
J.-D. C. : Oui. On sait que les orages s’intensifient et se fixent sur une zone à cause du relief. Le vent chaud et chargé d’humidité arrive de la Méditerranée. Canalisés par les Pyrénées, les Alpes et le Massif Central, les orages se déclenchent alors sur le Gard, l’Hérault, l’Ardèche, la Haute-Loire mais aussi les Alpilles, comme à Vaison-la-Romaine en 1992.
tf1.fr : Comment prévenir de telles inondations ?
J.-D. C. : Etre capable de prévoir un tel événement une semaine, 24 heures ou quelques heures avant son déclenchement, c’est compliqué. D’abord parce que le phénomène est très rapide : il s’écoule au maximum 24 heures, et souvent 12, entre le moment des premières pluies et celui des crues. Ensuite parce que ce phénomène touche des zones relativement petites, à l’échelle d’un département. Il faut alors pouvoir prévoir que l’orage va se produire à un endroit précis, ce que les modèles de prévision météorologique ne savent pas faire actuellement. Une fois que la pluie a débuté, il faut savoir si les terrains vont ou non produire une crue. Or, on peut avoir un orage substantiel et pratiquement pas de réaction des rivières car les terrains ont absorbé l’eau. En revanche, si la durée de l’orage est un peu plus longue, les terrains se saturent et une crue peut se former. En terme de prévision, c’est très gênant car le pourcentage de fausses alertes peut être très élevé. Et s’il y a trop de fausses alertes, les gens ne respecteront plus les consignes…
tf1.fr : Quels outils sont utilisés pour étudier ce phénomène ?
J.-D. C. : A l’aide de pluviomètres et en mesurant la hauteur des rivières, on essaie de calculer la quantité de pluie qui va se transformer en débit dans les rivières. Les radars météo permettent également d’obtenir une description des champs de pluie très détaillée. Quant à mesurer la quantité d’eau dans le sol, il est très difficile d’avoir des mesures représentatives pour une grande zone. La région Cévennes-Vivarais, qui fait l’objet d’une étude depuis les années 70, a d’ailleurs été choisie pour accueillir un Observatoire hydro-météorologique. De 2001 à 2010, cette zone de 400 km x 400 km, centrée sur la vallée du Rhône et le bord Sud-Est du Massif Central, fera l’objet de mesures hydrologiques et météorologiques lors des crues éclair. L’idée est de mettre les données recueillies à disposition des laboratoires le plus rapidement possible.
Inquiétudes à Paris Dans son édition de mardi dernier, Libération évoque la préparation par la préfecture de police de Paris d'un "plan de secours" contre les risques d'inondation. RATP, SNCF, EDF, hôpitaux et musées sont mobilisés. "Le niveau des nappes phréatiques reste haut. Si on a un automne très pluvieux, on aura raison de s'inquiéter", indique au quotidien Anne Guillon, chef de service des risques naturels à la direction régionale de l'environnement (Diren). "Plus que de violents orages comme dans le Sud-Est, c'est donc le cumul de fortes précipitations qui déclencherait la crise, janvier étant le mois le plus critique", précise le journal. Et Michèle Merli, secrétaire générale de la zone de défense de Paris, d'ajouter : "On peut avoir des inondations par débordement du fleuve mais aussi des remontées par les caves car les nappes n'ont jamais été aussi hautes". |
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