© INTERNEUne équipe sino-américaine du Centre de recherches Aaron Diamond sur le sida (Adarc) a réussi à isoler un groupe de protéines — qu'elle a appelées défensines-alpha-1, alpha-2 et alpha-3 — capables d'inhiber la réplication du virus VIH et d'empêcher ainsi la progression de l'infection chez les 1 à 2% des séropositifs qui ne développent jamais de sida. Il s’agit de personnes séropositives, dites "non-progressives à long terme", qui vivent très longtemps sans jamais développer de sida et son cortège de maladies opportunistes.
"Cette découverte (1) est une étape importante dans notre compréhension de la manière par laquelle le corps combat le VIH", a souligné le Dr Linqi Zhang, qui dirigeait les recherches. "En comprenant comment le système immunitaire de certaines personnes parvient à contrôler l'infection par le VIH, nous pourrions être capables de mettre au point de nouveaux traitements qui profitent de ce phénomène", a-t-il ajouté.
Vers de nouveaux traitements ?
La communauté scientifique savait depuis 1986 que certains globules blancs du système immunitaire, les lymphocytes TCD8, pouvaient produire des facteurs (substances chimiques) capables d'inhiber la multiplication du virus du sida. Il apparaissait, en particulier, que les cellules TCD8 des personnes naturellement "immunisées" pouvaient produire de fortes concentrations de ces facteurs. Mais en dépit des efforts, l'identité de ces agents chimiques restait un mystère. Une étude canadienne réalisée auprès de prostituées kenyanes séropositives avait montré que 5% environ d'entre elles possédaient une sorte d'immunité naturelle contre le VIH/sida, vraisemblablement d'origine héréditaire.
Afin de confirmer que c'était bien l'action de ces défensines-alpha qui était à l'origine du phénomène d'"immunisation", l'équipe de chercheurs les a supprimées artificiellement des protéines produites par des lymphocytes TCD8 prélevés sur des personnes "non-progressives à long terme". Résultat : l'activité anti-VIH de ces globules étaient aussitôt pratiquement éliminée. "Les défensines-alpha s'annoncent prometteuses pour renforcer l'arsenal des traitements contre le VIH", a souligné le directeur de l'Adarc, David Ho. Il a confirmé que son équipe "poursuivait déjà de nouvelles approches thérapeutiques fondées sur cette découverte".
Contre le sida, "tous les moyens sont bons" Contacté par tf1.fr, Simon Wain-Hobson, professeur de virologie et spécialiste du sida à l’Institut Pasteur, a accueilli cette étude avec prudence et intérêt. En attendant de pouvoir connaître l’intégralité des travaux, ce chercheur britannique indique qu’il s’agit d’une "piste pas absolument nouvelle" mais qui méritait d’être explorée. Cette découverte ne doit pas susciter de faux espoir, a-t-il averti, surtout dans le domaine de la lutte contre le sida. "On rêve d’un vaccin : des essais sont menés depuis 15 ans sans réussite. Le VIH est un virus extrêmement dur à comprendre. Le chemin est encore long…", rappelle-t-il avant de s’emporter devant les ravages de la pandémie. "Parfois, je n’en peux plus de rester poli", s’excuse-t-il. Et de lâcher, sur la découverte sino-américaine : "En étant très pragmatique, je dirai que tous les moyens sont bons dans cette lutte. Il ne faut pas avoir d’états d’âme". Qui oserait encore prétendre que les scientifiques sont des êtres froids ? |
(1) Les travaux sont publiés dans l’édition de vendredi de la revue américaine Science.
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