© INTERNEDepuis les attentats du 11 septembre et les alertes à l’anthrax — parfois fondées, souvent fantaisistes — qui ont suivi, les gouvernements ont encouragé la recherche contre le bioterrorisme. Pour tf1.fr, Michèle Mock, chef de l’unité "Toxines et pathogénies bactériennes" à l’Institut Pasteur et directeur de recherche au CNRS, fait le point sur les résultats obtenus depuis un an.
tf1.fr : Après le 11 septembre, la recherche sur la maladie du charbon a-t-elle bénéficié d’un regain d’intérêt ?
Michèle Mock : Disons que la menace bioterroriste après le 11 septembre a fait que les laboratoires déjà impliqués dans ce domaine ont bénéficié d’efforts supplémentaires. Mais, aux Etats-Unis comme en France, les financements et les projets de recherche existaient avant cette date. On ne fait pas évoluer des recherches en six mois, ni parce que l’on injecte plus d’argent. Par ailleurs, beaucoup de résultats intéressants qui ont été publiés entre 2001 et 2002 constituaient l’aboutissement de travaux débutés bien avant les attentats.
tf1.fr : Justement, quels ont été les principales avancées réalisées ?
M. M. : Aux Etats-Unis, les chercheurs ont bénéficié d’énormément de budgets, qui ont bénéficié notamment aux méthodes de détection et de décontamination. Des mesures ont ainsi été prises pour revoir le système des tris postaux. Cela aura certainement des conséquences sur cette voie-là de propagation de la maladie mais cela ne résout pas le problème de la dissémination dans son ensemble. A noter une retombée pratique en France : la direction générale de la Santé a créé en juillet 2002 un centre national de référence du charbon, qui est situé à l’Institut Pasteur. Concernant la maladie, des chercheurs américains ont déterminé la structure cristallographique des composantes des toxines. Cette découverte fournit des bases pour trouver des inhibiteurs de l’activité, c’est-à-dire que l’on pourrait donner des drogues pour empêcher l’action de ces toxines. Deux composants ont ainsi été trouvés par une équipe italienne, dans le cadre d’un travail en collaboration avec notre laboratoire. C’est une avancée sur le plan thérapeutique mais qui intervient lorsque les toxines sont déjà produites, ce qui signifie que la maladie en est à un stade avancé. L’autre grand progrès concerne la détermination de l’ADN du bacillus anthracis, qui permettra, notamment, de connaître l’origine des souches d’anthrax.
tf1.fr : Une étude récente, publiée dans Nature, a révélé que des virus "mangeurs de bactéries" pourrait permettre de venir à bout de l’anthrax…
M. M. : Il s’agit d’une annonce très médiatique qui ne constitue en aucun cas une réelle avancée. Les bactériophages représentent un faible intérêt thérapeutique. Par ailleurs, l’article semble indiquer que des souris ont été protégées de la maladie alors qu’elles étaient en fait infectées non pas par le bacillus anthracis mais par une bactérie qui en est proche (bacillus cereus, NDLR). C’est à la limite de l’honnêteté scientifique.
tf1.fr : Qu’en est-il des recherches sur un vaccin ?
M. M. : Le vaccin actuellement à usage humain, qui n’est pas un vaccin vivant, offre une protection partielle, envers les toxines uniquement, et entraîne des effets secondaires : fièvres, réactions cutanées… (le vaccin vivant, en raison de ses effets secondaires toxiques, est considéré impropre à l'usage humain, NDLR). Les Etats-Unis ont décidé de développer à nouveau ce type de vaccin. Notre laboratoire, lui, a présenté une formule de vaccin plus efficace basée sur l’adjonction de spores tués au vaccin actuel. Ceci permet d’agir au début de l’infection en neutralisant les spores — formes infectantes qui déclenchent la maladie — dès leur entrée dans l'organisme, et ainsi bloquer l'étape de germination. Nous n’en sommes pas encore à pouvoir l’utiliser chez l’homme mais des tests seront réalisés ultérieurement. Un vaccin efficace serait avant tout dissuasif mais la décision de l’utiliser à grande échelle n’est pas facile à prendre car, comme tout vaccin, il faut évaluer les bénéfices par rapport aux risques. C’est avant tout un choix politique.
tf1.fr : La sécurité autour des laboratoires a-t-elle renforcée ?
M. M. : En France, un arrêté de la loi Kouchner du 22 septembre 2001 réglemente les échanges de souches de charbon. L’effet pervers, c’est qu’elle complique énormément le transport des souches, y compris à l’intérieur du pays. Quant aux impératifs de sécurité, nous en étions déjà conscients, les enquêtes sur les personnes recrutées ou les stagiaires existaient auparavant, mais notre sensibilité a été accrue.
Une cellule d'intervention sur le bio-terrorisme à Pasteur Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l'Institut Pasteur de Paris s'est doté d'une cellule d'intervention et intensifié ses recherches sur les agents potentiellement utilisables pour contaminer la population. L'Institut est désormais doté de différentes structures prêtes à intervenir, en cas d'attaque bio-terroriste ou d'acte criminel individuel, pour détecter et identifier rapidement les agents biologiques en cause. Sept des 22 Centres Nationaux de Référence (CNR) gérés par l'Institut sont directement concernés par le problème du bio-terrorisme. Il s'agit de ceux qui travaillent sur le charbon, le botulisme, la peste, les fièvres hémorragiques virales, les arbovirus, la diphtérie ainsi que sur la résistance aux antibiotiques. Les centres étudiant la grippe, le choléra, les salmonelles et les shigelles (bactéries présentes dans le côlon) pourraient également être mis à contribution. "Le personnel de tous ces centres est susceptible d'être réquisitionné immédiatement en cas de besoin", a précisé mercredi l'Institut Pasteur. Un laboratoire de "bio-urgence", comprenant un laboratoire de haute-sécurité classé P3, est en cours de mise en place au siège de l'Institut, en accord avec la direction générale de la santé. "En temps normal, ce laboratoire fonctionnera pour les besoins des épidémies 'naturelles' mais pourra être reconverti en trois heures en cas d'attaque. Les biologistes et techniciens spécialisés qui y travailleront recevront dans les prochaines semaines une formation spécifique", précise l'organisme. Unique en Europe, le laboratoire de haute sécurité "P4" (le plus hermétique) du centre de recherche Mérieux-Pasteur à Lyon, spécialisé dans l'étude des virus des fièvres hémorragiques et des maladies émergentes, pourra également être mis rapidement à disposition en cas de crise. |
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Publié le 10/11/2009
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