© ManreoA l’occasion des Entretiens de Bichat (1), plusieurs spécialistes se sont intéressés aux "nouvelles questions de santé" soulevées par les trajets aériens. Au centre des préoccupations : "l’arrivée commerciale prochaine des avions très gros porteurs (entre 400 et 600 passagers, voire plus dans des versions ultérieures), capables de vol sans étape d’une durée supérieure à 15 heures", précise le professeur René Amalberti, chercheur au service Santé du ministère de la Défense et chargé de mission sur les facteurs humains à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) (2) .
Des appareils plus gros et plus problématiques
L’augmentation du gabarit des appareils et de l’allongement des temps de vol entraîne un triple phénomène, selon le spécialiste. D’abord, l’allongement des temps de voyage. "Un vol de 13 heures peut devenir facilement un voyage de 20 à 22 heures de porte à porte", souligne le professeur Amalberti. Conséquences : "une immobilité plus longue" — laquelle est à l’origine de diverses pathologies (retour veineux, malaises…) —, davantage de "ruptures des habitudes alimentaires et hydriques (déshydratation plus importante)" ainsi qu’un accroissement du stress.
Deuxième phénomène : la grande difficulté, en cas de problèmes médicaux (3), à dérouter les gros appareils vers des sites capables de les accueillir (équipements des aéroports, gabarit des pistes...). Une situation qui oblige les équipages à traiter les pathologies à bord. Enfin, en cas de déroutement transitoire, la gestion des phénomènes de foule (maintien des passagers à bord, évacuation rapide…), avec les risques de panique qui en découlent, s’avère délicate. Tout comme la prise en charge des aspects logistiques pour nourrir et loger les passagers déroutés.
Multiplication des incivilités
Plus de passagers à bord et pendant plus longtemps, de quoi donner des sueurs froides aux personnels navigants déjà confrontés à une augmentation régulière des incivilités. "En 1997, 402 incidents avaient été recensés. En 1999, il y en a eu 3.012", a indiqué jeudi dernier un médecin d’Air France lors des Entretiens de Bichat. Sous le terme d’incivilité, la compagnie aérienne regroupe insultes verbales (20% des cas), projections d’objets (20%) ainsi que coups et blessures (60%).
Au sol, ces actes ont pour origines les embouteillages avant l’arrivée à l’aéroport, les contrôles trop longs, les pannes ou retards d’appareils, les sur-réservations… En vol, la consommation d’alcool, la privation de tabac, les enfants livrés à eux-mêmes, les altercations entre les passagers ou avec l’équipage constituent les principales causes d’accrochages. Certes, depuis les attentats du 11 septembre, les incidents ont diminué de 10% et leur gravité de 34% mais cet effet n’aura qu’un temps.
(1) Colloques et débats médicaux qui se sont déroulés du 16 au 21 septembre à la Faculté de médecine Pitié-Salpétrière, à Paris.
(2) Entretiens de Bichat : thérapeutique et tables rondes 2002, éditions Expansion scientifique française, 130€.
(3) 200 urgences par an aux Etats-Unis dont 60 décès, probablement 1.000 à 1.500 dans le monde.
Retrouvez jeudi la deuxième partie de l’article :
"Logique médicale contre logique commerciale ?"
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