© INTERNEDeux spécialistes américains affirment avoir mis à jour, pour la première fois, le lien entre la pédophilie et un dommage au cerveau (1). Après avoir été opéré d'une tumeur au cerveau, grosse comme un œuf, un Américain de 40 ans a perdu ses pulsions pédophiles.
Cortex orbitofrontal droit
L'homme, un enseignant marié, avait commencé à surfer en secret sur des sites de pornographie infantile et à fréquenter des prostituées — deux activités qu'il n'avait alors jamais pratiquées et qu'il savait moralement inacceptables. Dénoncé par sa femme pour avoir fait des "avances sexuelles subtiles" à de jeunes enfants, l'homme avait été jugé coupable d'abus sur enfant et soigné pour pédophilie, selon New Scientist qui rapporte cette découverte.
La veille de connaître son jugement, l'homme s'était rendu à l'hôpital, se plaignant d'un mal de tête et déclarant avoir peur de violer la propriétaire de son logement. Il fut soumis à un scanner IRM (imagerie par résonance magnétique), qui révéla une tumeur dans le cortex orbitofrontal droit, une région du cerveau connue pour être liée au jugement, au contrôle des pulsions et au comportement social. D'autres tests montrèrent que l'homme était incapable d'écrire ou de recopier des dessins. La tumeur lui fut enlevée.
Un cas particulier
Sept mois après s'être fait opéré et avoir participé avec succès à un programme de réhabilitation imposé par la Justice ("sexaholics program"), l'homme retourna dans son foyer. Mais en octobre 2001, il souffrit à nouveau de maux de tête et se remit à surfer sur des sites porno. Une nouvelle IRM montra que la tumeur se développait à nouveau. L'homme fut une deuxième fois opéré et ses pulsions disparurent.
"Nous avons affaire ici à la neurologie de la moralité", indique le neurologue Russell Swerdlow, de l'université de Virginie, qui, avec son collègue Jeffrey Burns, a suivi ce patient particulier. Les dommages au cortex orbitofrontal droit n'affectent pas la santé physique, ce qui rend difficile leur détection par les médecins, pointe-t-il. Un changement de personnalité associé à une incapacité d'écrire ou de dessiner pourrait découler d'une maladie cérébrale, suggère-t-il. Cela ne signifie pas que tous les pédophiles doivent subir une IRM, prévient Jeffrey Burns : "La plupart des pédophiles développe des problèmes tôt dans leur vie" alors que le patient en question avait une vie normale avant que ce problème surgisse.
Le point de vue d'un chercheur français Sans mettre en doute "la réalité des observations cliniques", le docteur Serge Stoleru, psychiatre et cherche à l'Inserm (unité U483) contacté par tf1.fr, précise que "ce n'est pas la première fois que les altérations frontales sont associées à la libération du comportement sexuel". L'annonce des chercheurs américains pourrait-elle inciter à utiliser plus systématiquement l'IRM dans le cadre du traitement des déviants sexuels ? Le docteur Stoleru acquiesce : "Dans certains cas, le recours à l'IRM pourrait intervenir dans le cadre d'un examen prudent chez les sujets présentant des signes cliniques suggérant une pathologie du cerveau". |
(1) Leurs propos ont été tenus lors de la réunion annuelle de l'Association américaine de neurologie, qui s'est déroulée du 13 au 16 octobre derniers.
photo d'ouverture : AFP
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