© INTERNEIl existe 20 stratégies pour diagnostiquer les gènes de prédisposition au cancer du sein. Pour la première fois au monde, une équipe de l’Inserm, emmenée par Hagay Sobol et Jean-Paul Moatti, a comparé le coût et l’efficacité de chaque test. Les résultats des travaux, publiés en octobre dans European journal of human genetics, risquent de faire du bruit. Explications.
Brevets américains contestés
Les spécialistes estiment que "le facteur héréditaire intervient dans la survenue de 5 à 10% des cancers du sein", précise l’Inserm dans un communiqué. Et il existe chez 84% de ces "cancéreux héréditaires" une prédisposition liée aux mutations de deux gènes, appelés BRCA1 et BRCA2 (pour BReast CAncer). Pour détecter ces mutations, une technique consiste à utiliser le séquençage de l’ADN du gène complet. Cette technique, couramment utilisée aux Etats-Unis, a fait l’objet d’un dépôt de brevet de la part de la société américaine Myriad Genetics.
L’utilisation du séquençage direct génère donc un coût pour les laboratoires et chercheurs souhaitant y recourir. Or, selon l’étude de l’Inserm, "quatre stratégies alternatives (de diagnostic, NDLR) s’avèrent au moins aussi efficaces et toutes moins coûteuses", de 30 à 90%, que la technique brevetée. Un pavé dans la mare de l’entreprise américaine. Laquelle a déposé en Europe trois brevets autour du séquençage complet. Ces brevets font d’ailleurs l’objet d’opposition de la part d’organismes de recherche et de lutte contre le cancer européens, et notamment français.
Participation au débat
Le lancement de l’étude répondait ainsi à une double motivation : porter un regard objectif sur les techniques de diagnostic mais aussi participer au débat sur les brevets. "Il existe deux positions de principe très tranchées. Il y a ceux qui disent : ‘nous avons beaucoup investi dans la recherche génomique donc nous voulons avoir un retour sur un investissement’. Et il y a ceux qui estiment que le génome ne peut pas être breveté car il s’agit de l’œuvre de la nature ou de Dieu", explique à tf1.fr Hagay Sobol, directeur de l’unité Inserm "Oncologie génétique", à l’institut Paoli-Calmettes, à Marseille.
"Je ne veux pas rentrer dans le débat du bien fondé de chaque position. Je n’ai d’ailleurs rien contre les brevets ; la recherche médicale n’aurait pas autant progressé sans les entreprises privées mais il faut savoir que l’auteur d’un brevet peut imposer la technique de son choix aux utilisateurs du brevet. Le dépôt d’un brevet peut aussi aboutir à bloquer l’innovation médicale", pointe le professeur Sobol. L’étude permettra par ailleurs aux autorités médicales de connaître le coût et l’efficacité de chaque stratégie de diagnostic. Elles pourront ainsi "faire des choix opportuns en matière de dépenses de santé publique", notamment en ce qui concerne le remboursement des tests. Pourquoi alors rembourser un test plus coûteux que d’autres ? La Commission européenne, qui a cinq ans pour se prononcer sur la validité des brevets de Myriad Genetics, lira certainement avec beaucoup d’attention l’étude de l’Inserm.
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