© ManreoLes députés français ont adopté mardi une proposition de loi UMP visant à punir la conduite automobile "sous l'influence de plantes ou de substances classées comme stupéfiants". L’Agence France Presse (AFP) a recueilli le même jour la réaction de Marie-Berthe Biecheler, chercheuse à l'Institut national de recherches sur les transports et leur sécurité (Inrets).
Les députés ont voté la création d'un délit sanctionnant la drogue au volant. A-t-on établi un lien entre cannabis et accidents de la route ?
Marie-Berthe Biecheler : Lors de tests en laboratoire, sur simulateur de conduite ou sur circuit routier, les chercheurs ont notamment identifié un temps de réaction allongé, une capacité de contrôle de trajectoire amoindrie et une mauvaise appréciation des temps et des distances. Les modifications négatives de la conduite sur route apparaissent plus importantes pour des doses élevées de cannabis.
Malgré la présomption de dangerosité du cannabis sur le comportement de conduite, de nombreux auteurs n'ont cependant pas réussi à démontrer, à l'aide d'études épidémiologiques, l'existence d'une corrélation entre usage du cannabis seul et accidents à l'échelle d'une population (synthèse de Bates et Blakely en 1999). Les épidémiologistes sont confrontés à plusieurs difficultés : constituer un échantillon témoin, absence de relation synchrone entre la présence du cannabis (sang ou urine) et ses effets sur le comportement et présence fréquente d'alcool comme facteur de confusion.
Que se passe-t-il en cas de mélange alcool/cannabis ?
M.-B. B. : On observe des chutes de performance beaucoup plus sévères. Ainsi, le déficit observé sur le contrôle de trajectoire pour la combinaison alcool (0,4 g/l)-THC (100 mg/kg, soit un petit joint) est équivalent au déficit résultant d'une alcoolémie de 0,9 g/l. Pour la combinaison alcool (0,4g/l)-THC (200 mg/kg), le déficit est équivalent une alcoolémie de 1,4 g/l. Je rappelle que le seuil légal d'alcoolémie est de 0,5 g/l.
Le dépistage massif de stupéfiants va-t-il être facile à mettre en œuvre ?
M.-B. B. : Techniquement, on peut déceler la présence de cannabis, soit dans le sang, soit dans les urines. Mais il faut penser au coût. Si on veut faire autant de contrôles que pour l'alcool (plus de 8 millions), il faudra multiplier ce chiffre par quatre, car il y a quatre familles de stupéfiants (cannabis, cocaïne, opiacés et amphétamines). Sachant qu'un dosage coûte 55 euros, on arrive à près de 2 milliards d'euros, sans compter le temps de travail des forces de l'ordre.
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