Les chiens-robots parlent-ils d'os électriques ?

Par Matthieu DURAND, le 17 octobre 2002 à 07h00 , mis à jour le 16 octobre 2002 à 18h59

Un colloque parisien fait le point jeudi sur le langage des robots. Les chercheurs développent des machines qui apprennent à parler. Objectif : en faire des compagnons de l’homme plutôt que des serviteurs.

conversation deux prototypes DeBO Sony robot DR: Sony CSL Paris © INTERNE

tf1.fr : Quels sont les principaux obstacles à la création de robots qui parlent ?

Frédéric Kaplan (1) : Ce qui est particulièrement difficile, c’est de doter les robots d’une capacité à partager l’attention. Si un robot n’est pas programmé pour détecter certaines formes ou couleurs, son "regard" ne va pas s’arrêter sur tous les objets qu’on lui présentera. L’idée, ce n’est donc plus de créer des machines sachant parler, comme on a longtemps voulu le faire, mais de créer des machines qui apprennent à parler. Il s’agit de robots qui ne savent pas faire grand-chose mais qui, par interaction avec les humains et d’autres robots, vont développer la maîtrise du langage. C’est tout l’enjeu de l’intelligence artificielle.

tf1.fr : Comment se déroule cet apprentissage ?

F. K. : On s’inspire de ce qu’on sait sur le développement des bébés. La machine utilise sa propre expérience pour développer ses compétences. Programmée pour reconnaître les mouvements, elle va créer un répertoire de mouvements dans lequel elle va "cataloguer" les mouvements qu’elle identifiera. L’idéal, c’est qu’un machine puisse reconnaître un objet lorsqu’il bouge puis lorsqu’il ne bouge pas.

tf1.fr : Comment être certain que le robot a bien identifié le mouvement ou l’objet qu’on lui montre ?


Un prototype DeBo, robot quadrupède
et autonome, apprend à reconnaître
un de ses jouets (Sony CSL Paris).
F. K. : Contrairement au bébé, on peut regarder dans la tête du robot ! Et on le voit aussi à son comportement. Si un robot a la capacité de bouger la tête, il le fera lorsqu’on lui présentera un objet. On arrive ainsi à apprendre aux robots à reconnaître une vingtaine d’objets. L’objectif est de leur donner les compétences linguistiques d’un enfant de deux ou trois ans mais actuellement, on en est plutôt au stade de six mois. Un autre point très important est la possibilité de programmer un système de motivation pour les robots. Si deux robots qui peuvent interagir ont pour motivation d’entendre des sons, ils vont peut-être échanger des sons entre eux, sans pour autant que ces sons aient un sens.

tf1.fr : Dans ce cas, comment une communication intelligible entre les hommes et les robots est-elle possible ?

F. K. : Le corps du robot revêt une grande importance car c’est de lui, de ses senseurs — caméra, micro, senseurs du toucher, d’équilibre… — que dépendra sa conception du monde. Donc nous n’aurons jamais un robot qui ressemblera à un homme mais plutôt à un chien. Or, on ne va pas demander l’impossible à un chien. Il ne faut pas attendre des robots un rôle utilitaire, contrairement à ce que l’on a toujours imaginé. D’ailleurs, nous n’avons pas les mêmes rapports avec des animaux utilitaires qu’avec un animal de compagnie. Toute cette démarche n’a de sens que dans le cadre des loisirs.

tf1.fr : A quoi ressembleront les robots dans un futur proche ?

F. K. : En 2010, il y aura des machines de différentes formes, y compris humanoïdes, dotées de capacités d’apprendre, d’échanger avec les entités autour d’elles — hommes, animaux — et d’interagir entre elles. Cette interaction pourrait donner lieu à l’invention pas forcément d’une langue mais d’un ensemble de mots ou de comportements propres aux robots. La grande question sera alors de savoir s’il s’agit d’un phénomène culturel. C’est un enjeu qui n’a pas été beaucoup décrit dans la science-fiction.

(1) Frédéric Kaplan, docteur en intelligence artificielle et chercheur au Sony Computer science laboratory, à Paris, est l'un des coordinateurs scientifiques du colloque intitulé : "Le rêve de Vaucanson, vers le premier robot parlant", qui est organisé jeudi, à partir de 10 heures, par le musée des Arts et métiers de Paris, en partenariat avec le CNRS et la Vrije universiteit de Bruxelles.
Le titre de l'article est un hommage à Philip K. Dick, auteur du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, qui a été adapté au cinéma par Ridley Scott sous le titre Blade Runner. L'écrivain américain a aussi écrit la nouvelle Minority Report, dont Steven Spielberg a tiré le film du même nom actuellement sur les écrans.

photo d'ouverture : deux prototypes DeBo (non commercialisés), robots quadrupèdes et autonomes, en pleine conversation (Sony CSL Paris).

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Par Matthieu DURAND le 17 octobre 2002 à 07:00
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1 Commentaires

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  • Yvon, le 02/02/2006 à 16h12

    Peut être la langue commune des robot deviendra t elle la langue commune des humains.

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