Peur bleue chez les blouses blanches

Par AFP, le 09 octobre 2002 à 07h00 , mis à jour le 08 octobre 2002 à 19h00

L’Ordre des médecins va proposer différents outils pour mesurer les agressions dont les professionnels de la santé sont victimes. Si le sentiment d’insécurité domine, les meurtres de médecins demeurent "rarissimes".

Médecin santé maladie © INTERNE

Face à la multiplication des agressions de professionnels de la santé (voir article lié), le conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) va mettre en place une série de mesures destinées à rendre compte et prévenir ce phénomène.

Un observatoire de l’insécurité

Une "fiche de déclaration d'agression" sera bientôt proposée aux médecins, qui pourront la télécharger sur le site web du Cnom. Un "Observatoire de l'insécurité" est aussi "en cours d'installation" au conseil national de l'Ordre, a indiqué mardi Jacques Lucas, son secrétaire général. L’Ordre avait confié il y a un an à l'Institut Ipsos le soin de réaliser une enquête sur un échantillon représentatif de 8.000 médecins. Les résultats devraient être connus le 12 octobre. Elle permettra notamment, selon le Dr Lucas, "d'avoir une vision plus précise de la typologie des agressions" dont sont victimes les médecins. L'Ordre précise que la mise en place de cet observatoire avait été entreprise bien avant la campagne présidentielle, qui a beaucoup abordé ce thème.

Enfin, le Cnom doit prochainement rencontrer place Beauvau un "correspondant", chargé de la question de la sécurité des médecins, nommé par le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. Il effectuera aussi une campagne interne d'information.

40 médecins tués en 40 ans

Malgré l'absence de statistiques spécifiques sur le phénomène, les médecins sont persuadés d'être de plus en plus victimes de l'insécurité. "Traditionnellement le médecin bénéficiait d'un certain respect et d'une certaine reconnaissance. Depuis 5/6 ans, ce n'est plus le cas", affirme Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). "Des médecins sont régulièrement agressés, dans leur cabinet où lorsqu'ils se rendent en visite", constate-t-il. Jacques Reignault, président du Centre national des professions de santé, pense aussi que les statistiques viendront confirmer le sentiment d'insécurité ressenti dans les professions médicales, "que les pharmaciens ont été les premiers à expérimenter". Et de relever : "L'an passé, nous avons eu deux dentistes tués. Du jamais vu".

Toxicomanes en crise de manque ou malfaiteurs à la recherche d'argent liquide, les motifs ne manquent pas pour s'attaquer aux professions médicales. Toutefois, les attaques moins spectaculaires et surtout les incivilités sont nettement plus courantes que les violences graves. Depuis la fin des années 60, "seulement" 40 médecins ont été assassinés selon l'Ordre. "Les meurtres de médecin sont plus que rarissimes et la victime n'est pas forcément victime parce qu'elle est médecin", explique Laurent Mucchielli, chercheur au centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip).

Par AFP le 09 octobre 2002 à 07:00
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