© Manreotf1.fr : Le "sniper de Washington" répond-il à la définition du tueur en série ?
Stéphane Bourgoin (1) : Oui, même si les cas de "serial sniper" sont assez rares car, en général, le serial killer a besoin de contact intime avec la victime : strangulation, arme blanche… En 2000, un serial sniper a tué 22 personnes et en a blessé 16 autres en Afrique du Sud avant d’être arrêté. Il agissait selon des motifs psychologiques identiques à ceux du sniper de Washington. Il faut noter qu’il est très difficile d’enquêter sur une personne qui tue à distance.
tf1.fr : Justement, de quels moyens disposent les enquêteurs américains ?
S. B. : Ils utilisent deux méthodes. La première est assez récente ; il s’agit du profilage géographique, une technique inventée par un détective canadien. La police a besoin d’identifier cinq lieux différents liés aux crimes ou au criminel qui permettront, via une formule mathématique assez compliquée, de représenter une "aire de danger". Laquelle constituera l’étendue la plus probable de résidence du tueur. Car on part du principe que le serial killer a moins confiance en lui pour ses premiers crimes que par la suite, il tue donc au départ dans des lieux qui lui sont extrêmement familiers. Cette technique permet de restreindre le champs d’investigation des enquêteurs afin de mener notamment des enquêtes de voisinage très poussées.
La deuxième méthode est la technique proactive, qui consiste à pousser le tueur à la faute. On sait que le sniper est à l’écoute des médias. Il a abattu un écolier lundi en réaction aux propos du chef de la police locale qui avait déclaré, après les premiers meurtres, que les familles ne devaient pas avoir peur d’envoyer leurs enfants à l’école. Aujourd’hui, les autorités multiplient les déclarations dans lesquelles ils accusent le tueur d’être un lâche de la pire espèce afin de le pousser à faire un faux-pas. Ils s’appuient sur le fait que le tueur agit en plein jour, il prend donc énormément de risques. Il a déjà laissé un message sur une carte de tarot ainsi qu’une douille (voir article lié).
tf1.fr : Le sniper se prend pour Dieu…
S. B. : Ce qui fait jouir le serial killer, c’est la psychose qu’il engendre et le pouvoir de vie et de mort dont il dispose. C’est cette omnipotence qu’il veut ressentir. Peu lui importe la victime, elle n’est pas choisie à l’avance. Il a également soif de notoriété. Il est provocateur.
tf1.fr : Combien de temps pourrait durer l’enquête ?
S. B. : Très longtemps sauf si le tueur est dénoncé ou arrêté pendant son forfait. Plusieurs centaines d’enquêteurs sont mobilisés. Les forces de l’ordre ont reçu 1.800 appels en 72 heures. Il faut pouvoir traiter tous ces appels. Peut-être que le tueur a déjà été dénoncé par un voisin ou un proche mais tout indice demande à être confirmé, cela prend du temps. C’est un vrai cauchemar.
(1) Stéphane Bourgoin est l’auteur de Serial killer, enquête sur les tueurs en série, chez Grasset.
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