Le budget de la Recherche 2003 : "une catastrophe !"

Par Matthieu DURAND, le 06 novembre 2002 à 07h00 , mis à jour le 05 novembre 2002 à 18h15

En baisse de 1,3%, le budget de la Recherche, adopté mardi par les députés, suscite la consternation chez les scientifiques. Le chercheur Henri-Edouard Audier a lancé un appel déjà signé par plus de 5.000 de ses confrères dont quatre prix Nobel.

Sciences vignette recherche © INTERNE

Les députés français ont adopté mardi le projet de budget 2003 de la Recherche, en baisse de 1,3% par rapport à l'année précédente : 8,64 milliards d'euros contre 8,72 milliards en 2002. Les milieux scientifiques expriment leur "consternation" dans une pétition signée par plus de 5.000 chercheurs, dont quatre prix Nobel (1). Explications de Henri-Edouard Audier, membre du conseil d'administration du CNRS et directeur de laboratoire à l'Ecole Polytechnique, qui est à l'origine de cet appel.

tf1.fr : Comment expliquez-vous la forte mobilisation de la communauté scientifique contre ce budget 2003 ?

Henri-Edouard Audier : J'ai 62 ans et je suis la politique de recherche française depuis les années soixante mais je peux vous affirmer que ce budget est peut-être le plus grave que l'on ait jamais eu. Il implique la suppression de postes de chercheurs, ce qui n'était jamais arrivé dans l'histoire des organismes de recherche français. Les crédits pour 2003 baisseront de 17% pour le CNRS, de 13,9% pour l'Inra et de 9,6% pour l'Inserm. C'est une catastrophe !

tf1.fr : A l'occasion du vote du budget, la ministre déléguée à la Recherche Claudie Haigneré a évoqué 720 millions d'euros de crédit non utilisés, "soit une augmentation réelle de 5,3% (du budget) par rapport à 2002"…

H.-E. A. : C'est faux ! Il s'agit de reports de crédits "fictifs" car propres aux laboratoires. Il y a toujours eu des reports de crédits mais on ne les a jamais utilisés de cette façon, pour masquer un trou. Franchement, en démocratie, je ne trouve pas ça très honnête. Mais je ne mets pas en cause Claudie Haigneré : elle s'est battue et a même amélioré une situation qui aurait pu être encore plus catastrophique. Nous allons d'ailleurs lui demander de nous recevoir.

tf1.fr : Au delà des chiffres, quelle est votre plus grande inquiétude ?

H.-E. A. : L'avenir des jeunes chercheurs. En dix ans, le nombre de thésards a diminué de moitié. Il faut savoir qu'un thésard est payé actuellement moins de 1.022 euros par mois et débutera dans le public, après sa thèse, à un salaire mensuel d'environ 1.676 euros,alors qu'il toucherait le double dans le secteur privé. Nous ne sommes plus attractifs ! Ces jeunes seraient prêts à accepter un sacrifice initial si au moins on leur donnait des perspectives engageantes, ce qui n'est pas le cas. On va avoir un problème de recrutement alors la moitié du personnel scientifique va changer du fait des départs à la retraite.
Deuxième problème grave : en affaiblissant le secteur de la recherche, on affaiblit les potentialités d'implantations de centres de recherche privés et de technologies de pointe en France. C'est toute l'économie qui en pâtira.

tf1.fr : Que demandez-vous au gouvernement ?

Cliquez ici
pour lire
"l'appel des
scientifiques"

 

H.-E. A. : On ne va pas demander à Jacques Chirac d'appliquer ses promesses électorales en matière de recherche, il n'y aurait pas assez de chercheurs disponibles ! Nous demandons trois choses : que les 3% du PIB consacrés à la recherche en 2010 devienne un objectif national ; qu'une étape "positive" soit franchie cette année ; que l'Etat respecte au moins ses engagements. Le plan pluriannuel signé entre l'Etat et le CNRS prévoyait la création de 50 postes, en fait, 137 postes seront supprimés !

tf1.fr : Pourriez-vous employer un autre mode d'action que la pétition ?

H.-E. A. : Ce n'est pas mon style d'arrêter les trains ou de brûler le Parlement de Bretagne ! Mais oui, nous allons créer une coordination nationale des scientifiques et nous adresser à l'opinion publique. Car les gens attendent énormément de la recherche, que ce soit des travaux sur la longévité ou sur le réchauffement climatique. Sans oublier l'intérêt pour les sciences humaines ou sociales. Notre bataille n'est pas corporatiste.

(1) Parmi les signataires, figurent déjà les noms de quatre prix Nobel (Jean Dausset, François Jacob, Georges Charpak et Gilles de Gennes) et d'un lauréat de la médaille Field, le "Nobel" des maths (Jean-Christophe Yoccoz), d'un millier de directeurs de laboratoire, des présidents des conseils ou comités scientifiques du CNRS, de l'Inserm, de l'Ifremer, des présidents d'université, de 70 membres ou correspondants de l'Académie des Sciences et de 12 professeurs du Collège de France.

Scientifiques, chercheurs, thésards...
faites-nous part de votre réaction en laissant un message
ci-dessous. Votre anonymat sera respecté si vous le souhaitez.

 

Par Matthieu DURAND le 06 novembre 2002 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience