Opération séduction auprès des chercheurs irakiens

Par AFP, le 28 novembre 2002 à 10h45 , mis à jour le 27 novembre 2002 à 10h54

Afin de mieux cerner le potentiel militaire irakien, l'ONU incitera les scientifiques locaux à collaborer. Ils pourront être "transférés" avec leur famille en Occident. Le régime de Saddam Hussein craint une fuite des cerveaux.

Hans Blix (LCI) © LCI

Outre l'inspection sur le terrain (voir article joint), l'ONU souhaite recourir aux témoignages volontaires de scientifiques irakiens sur leurs travaux dans des domaines sensibles. "L'interrogation des experts irakiens se fera avec leur consentement, elle ne sera pas forcée", a précisé récemment le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei. Un mécanisme sophistiqué a été prévu pour les inciter à collaborer.

Témoignages volontaires

Au delà de la destruction physique des armes irakiennes ou des machines qui les produisent, les responsables américains ont exprimé le souhait d'évaluer le corps de connaissances et d'expertise que l'Irak a développé dans ce domaine. Mardi, le chef de la mission de l'AIEA en Irak, Jacques Baute, a fait écho à cette préoccupation devant la presse à Bagdad : "Nous devons établir s'il existe un potentiel nucléaire. Pour moi, cela comprend les esprits et les armes".

La résolution 1441 de l'Onu votée le 8 novembre exige de l'Irak qu'il permette aux inspecteurs de l'Onu et de l'AIEA "d'accéder à tous les fonctionnaires et autres personnes" de leur choix, "selon des modalités ou dans des emplacements" de leur choix. Une initiative inspirée par la somme d'informations que l'Onu a obtenue, par le biais des officiels irakiens qui, entre 1991 et 1998, ont choisi de fuir le pays et d'entrer en contact avec des services spéciaux occidentaux. L'épisode le plus fructueux dans ce domaine a été la désertion en 1995 vers la Jordanie, puis les confessions détaillées, du gendre du président irakien, le général Hussein Kamel, chargé des programmes d'armements du pays.

Savants choyés

Pour éviter d'éventuelles pressions en Irak sur les scientifiques qui choisiraient cette voie, la 1441 prévoit que la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'Onu (Cocovinu) et l'AIEA pourront "à leur gré" mener des entretiens à l'étranger, et pourront "faciliter le voyage à l'étranger des personnes interrogées et des membres de leur famille". Difficile de mesurer l'impact de cette offre onusienne. Reste qu'après avoir eu droit aux largesses du régime, la communauté scientifique est affectée par des restrictions financières et les limitations des voyages et des échanges, liées aux sanctions en place depuis 1990.

Bagdad n'a pas encore fourni les noms de ceux qui seraient susceptibles d'être interrogés, selon l'ONU. Mais la presse officielle irakienne s'est récemment fait l'écho des hommages appuyés des autorités locales aux milieux scientifiques. Mohamed ElBarabei s'est voulu rassurant lundi : "Le but (de ces interrogatoires) est de s'assurer que l'Irak ne possède pas d'armes de destruction massive et non de causer une fuite des cerveaux de l'Irak".

photo d'ouverture : Hans Blix, chef de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'Onu (Cocovinu)

Par AFP le 28 novembre 2002 à 10:45
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