© INTERNEDepuis les débuts de la conquête spatiale, l'activité humaine a entraîné la production de plus de 35 millions de rebuts célestes, dont 9.000 ont une taille supérieure à 10 cm. Si le problème n'est pas nouveau, il est suffisamment préoccupant pour que les agences spatiales européennes aient décidé de s'y attaquer.
Risques de collision
Il s'agit de satellites arrivés en fin de vie, d'objets laissés en orbite (dernier étage de lanceurs, dispositifs de séparation…) ou de résidus d'explosions ayant eu lieu dans l'espace. Ces débris se retrouvent sur les orbites les plus utilisées : orbite géostationnaire (à 36.000 km au-dessus de l'Equateur), sur laquelle sont placés la plupart des satellites de télécommunication, et orbites basses (moins de 2.000 km) utilisées pour les missions d'observation de la Terre et pour les vols habités. Leur durée de vie oscille entre 200 ans (orbite basse) et des milliers d'années (orbite géostationnaire).
D'où les risques de collision, d'ailleurs fréquemment constatés lors du retour sur Terre des navettes américaines. L'examen de matériaux récupérés après un séjour spatial est édifiant : 30.000 impacts visibles à l'œil nu ont été répertoriés sur une surface de 150 mètres carrés, notait jeudi Marius Le Fèvre, membre de l'Académie nationale de l'air et de l'espace (Anae), lors d'une conférence de presse présentant un colloque sur ce thème (1). En 1996, le satellite français Cerise a été percuté par un débris qui a brisé une partie de son mât (voir illustration). Le fragment provenait vraisemblablement de l'explosion, dix ans plus tôt, d'un étage d'une fusée Ariane. 
Le satellite français Cerise percuté
en 1996 par un débris spatial
(Cnes/D. Ducros, 1998).
Nettoyage impossible
Les retombées sur Terre demeurent rares et ne semblent pas constituer une source d'inquiétude, selon Walter Fleury de l'Agence spatiale européenne (Esa). Reste que la taille de certains débris retrouvés au sol fait froid dans le dos (voir photos). André Lebeau, membre de l'Anae, rappelait qu'en 1978 le réacteur nucléaire du Cosmo 954, un satellite d'observation militaire soviétique, s'était écrasé dans le Nord du Canada. Sa récupération fut longue et coûteuse…
Le "nettoyage" de l'espace s'avère impossible techniquement et économiquement, selon Fernand Alby, responsable de l'activité débris spatiaux au Cnes. Une seule solution : limiter la prolifération des débris. Des agences spatiales, tels la Nasa et le Cnes, ont ainsi créé des "standards" définissant les règles à respecter pour la conception des lanceurs et des satellites. Lorsque ces objets arrivent en fin de vie, il est aussi possible de les transférer vers une orbite cimetière, de les faire retomber dans l'atmosphère pour qu'il s'y désintègrent. Mais de telles mesures sont complexes et coûteuses à mettre en place dans un environnement par ailleurs ultra-compétitif. Une coopération internationale s'impose donc. Les principales agences spatiales travaillent sur ce thème au sein d'un Comité de coordination des débris spatiaux (IADC), qui rendra ses conclusions à l'ONU en 2003. En attendant, prions, comme les Gaulois, que le ciel ne nous tombe pas sur la tête.
Un impact provoqué par
un débris spatial (Cnes, 1998).
(1) Le Centre national des études spatiales (Cnes), l'Agence spatiale européenne (Esa) et l'Académie nationale de l'air et de l'espace (Anae) organisent, mercredi et jeudi à Toulouse, un colloque baptisé "L'Europe et les débris spatiaux".

Retrouvée au Texas, cette boule de
30 kilos provient du second étage
du lanceur Delta 2 (Nasa, 1998).
Un réservoir de lanceur retombé à
George Town (Texas) après un séjour
de 9 mois en orbite (Nasa, 1998).
photo d'ouverture : illustration de D. Ducros / Cnes
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