Pollution : la France mieux préparée depuis l'Erika

Par Matthieu DURAND, le 04 décembre 2002 à 07h00 , mis à jour le 22 novembre 2002 à 17h39

Michel Girin, spécialiste des pollutions des eaux, fait le point sur les plans Polmar. Depuis la catastrophe de l'Erika, les dispositifs d'action ont été améliorés.

erika plage marée noire © INTERNE

Le 23 novembre dernier, tf1.fr avait interviewé Michel Girin, directeur du Cedre, le Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux. Il avait expliqué le fonctionnement des plans Polmar.

tf1.fr : Comment se préparer au risque de pollution des côtes françaises ?

Michel Girin : Il faut immédiatement (au 23 novembre dernier, NDLR) faire un état des plans Polmar, les Plans départementaux de lutte contre les pollutions marines. Si, dans un département, le Préfet réalise que le plan n'a pas été révisé depuis cinq ans, je lui conseille de faire une mise à jour : vérifier la validité des numéros de téléphone d'urgence, observer s'il y a eu des changements dans les situations, moyens ou personnes concernés… Ensuite, pourquoi ne pas faire un test de déploiement de barrage antipollution sur un site ?

tf1.fr : Concrètement que prévoient ces plans ? Qui est mobilisable ?

M. G. : Le plan Polmar dresse la liste des acteurs concernés, à savoir la sécurité civile, les communes, les directions de l'environnement (Diren) et de l'équipement (DDE), la DDASS, la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire)… Le plan prévoit également les zones à protéger en priorité, lesquelles bénéficient alors d'un plan d'implantation de barrages antipollution.

tf1.fr : L'expérience de l'Erika permet-elle à la France d'être mieux préparée face à ce type de catastrophes ?

M. G. : L'Erika a fait apparaître qu'il fallait renforcer le dispositif d'accueil des bénévoles. Deuxième enseignement : la nécessité de mettre en place un service d'information sécurité-santé à l'usage des acteurs sur le terrain. Troisièmement, l'importance d'accroître la réactivité dans l'organisation et la planification du stockage des déchets en haute plage et dans l'évacuation des déchets. Tout cela a été intégré dans les plans Polmar révisés.

tf1.fr : Y a-t-il des mesures à prendre dès l'apparition de nappes dans le golfe de Gascogne ?

M. G. : Il appartient au préfet maritime d'assurer le suivi des nappes grâce à des vols de surveillance par des avions de la Marine nationale et des Douanes et en s'appuyant sur les prévision du Cedre et de Météo France. Il peut bien entendu envoyer des navires antipollution : deux sont actuellement en Galice. En cas de pollution constatée, soit le préfet maritime les rappellera en France, soit il fera appel à des navires néerlandais ou allemands.

tf1.fr : Comment va évoluer la situation en Galice ?

M. G. : Le fioul déjà sorti du navire est destiné inéluctablement à arriver à terre. Il y a plus de chance que cela se produise sur la pointe de la Galice qu'ailleurs mais cette région n'est que "l'épicentre du séisme", d'autres régions seront touchées. La pollution de l'Erika s'est déclarée le 12 décembre mais des "boulettes" se sont échouées jusqu'à début avril. Une seule certitude : en Galice comme ailleurs, les plages seront propres cet été car c'est une priorité.

tf1.fr : Et le fioul qui se trouve dans le navire ?

M. G. : Il va se gélifier et se transformer en une sorte de pâte à modeler car il se trouve à une température en dessous de son point d'écoulement. Il restera également légèrement moins dense que l'eau. Tout ceci fait qu'il restera dans le navire jusqu'à ce que la coque s'oxyde et laisse passer du fioul. C'est pourquoi certains navires coulés pendant la deuxième guerre mondiale continuent de polluer le Pacifique. Le pompage à cette profondeur, on ne sait pas faire.

photo d'ouverture : nettoyage d'une plage après la catastrophe de l'Erika.

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