"Eve" : en attendant les preuves

Par afp, le 28 décembre 2002 à 18h27 , mis à jour le 28 décembre 2002 à 21h44

Après avoir choqué le monde en revendiquant la naissance du premier clone humain, la société Clonaid, liée à la secte des raéliens, va devoir apporter des arguments tangibles à une communauté scientifique plus que sceptique et à un monde politique outré.

site internet clonaid © INTERNE

"Science-fait ou science-fiction?". Le titre d'un grand quotidien américain résume la perplexité générale qui a accueilli l'annonce des raéliens. Car en alléguant publiquement de la naissance d'une petite fille surnommée "Eve" et conçue par la technique du clonage, Brigitte Boisselier, une chimiste de formation, s'est affranchie de toutes les contraintes et normes communément admises pour la publication de travaux scientifiques.

Elle n'a fourni que très peu de détails sur une entreprise menée de bout en bout dans la clandestinité, ne montrant ni photos ou vidéos du bébé et pas le moindre document à l'appui de ses dires. Pour justifier ce mystère, elle a cité le besoin de protéger l'anonymat des "parents", un couple d'Américains. C'est la mère âgée, de 31 ans, qui a été clonée. La petite "Eve" serait donc sa copie génétique parfaite, sa "jumelle" à 31 ans d'intervalle.

"Propagande"

Quant à une éventuelle publication dans une revue scientifique selon les règles de l'art - c'est-à-dire après approbation par un panel de pairs qui jugent du sérieux des travaux et des faits rapportés - elle n'est pas non plus prévue dans l'immédiat. Explication fournie par la présidente de Clonaid : la nécessité de ne pas révéler pour l'instant l'identité de la demi-douzaine de chercheurs et techniciens de son équipe.

Cette façon de procéder pour le moins hétérodoxe, venant de surcroît d'une secte aux croyances scientistes baignant en plein dans la science-fiction, suscite un scepticisme extrême au sein de la communauté scientifique. "Sans données scientifiques, on se doit d'être très, très sceptique" estime Robert Lanza, un des responsables de la firme privée de recherches génétiques Advanced Cell Technologies. "Voici un groupe qui n'a aucun passé scientifique, n'a jamais publié le moindre résultat de recherches et n'a aucune expérience dans ce domaine. Ils n'ont même jamais cloné auparavant une souris ou un lapin!" ajoute-t-il. Pour le généticien français Axel Kahn, tant que la preuve scientifique d'un bébé clone n'est pas apportée, "il s'agit purement et simplement de propagande".

D'ici dix jours

Face aux questions des médias mettant en doute l'existence du bébé, la secte a accepté de laisser un journaliste américain superviser un processus de vérification scientifique par des experts indépendants. Michael Guillen, ancien reporter scientifique pour la chaîne ABC et physicien-mathématicien de formation, se rendra au domicile des parents dans les prochains jours avec un expert généticien de réputation mondiale pour y effectuer des prélèvements d'ADN sur la petite fille et sa mère.

Ces échantillons seront envoyés dans des laboratoires spécialisés dans l'analyse d'ADN pour vérifier que le code génétique de la mère et de son clone sont rigoureusement identiques et les résultats seront certifiés par d'autres experts. Les résultats seront annoncés d'ici une dizaine de jours.

(photo : le site internet de Clonaid)

Par afp le 28 décembre 2002 à 18:27
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