"Monsieur le président, je veux mourir"

Par AFP, le 17 décembre 2002 à 19h00 , mis à jour le 17 décembre 2002 à 16h07

Dans une lettre à Jacques Chirac, Vincent Humbert, 21 ans, explique qu'il veut mourir. A la suite d'un accident de la route, il est devenu tétraplégique, muet et presque aveugle. Le chef de l'Etat a lu cette lettre "avec émotion", mais n'y a pas encore répondu.

euthanasie Vincent Humbert 21 ans tétraplégique muet aveugle France Soir © INTERNE

"Je ne veux plus vivre dans ce monde où je fais souffrir les miens. J'en ai assez d'être dépendant à 100%, de faire vivre ce calvaire à ma mère qui se sacrifie pour moi". Ces propos, relatés dans le magazine local Montreuil Hebdo, sont ceux de Vincent Humbert. Cet accidenté de la route de 21 ans est devenu tétraplégique, muet et presque aveugle. Il veut mourir et l'a écrit au président Jacques Chirac depuis son lit d'hôpital à Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais).

Selon le service de presse de la présidence, Jacques Chirac a pris connaissance lundi "avec beaucoup d'émotion" de cette lettre et a assuré Vincent de "tout son soutien dans l'épreuve" qu'il traverse ainsi que sa famille. "Vincent était sûr de la première réponse. Il n'est pas idiot et sait très bien que ce n'est pas le président qui ouvre son courrier. Il a décidé d'attendre que toute cette pression retombe et qu'il puisse délivrer son message", a déclaré mardi Marie Humbert, la mère de Vincent.

"Le droit de mourir"

Vincent, pompier volontaire, a été victime en septembre 2000 d'un accident de voiture alors qu'il revenait d'un week-end de garde. Touché au niveau du tronc cérébral (bulbe rachidien), il a passé 9 mois dans le coma. Paralysé des quatre membres, il ne peut plus communiquer qu'en activant son pouce droit sur la main de son interlocuteur. Le jeune homme a écrit il y a deux mois au président de la République pour lui demander "le droit de mourir". "Tous mes sens vitaux ont été touchés à part l'ouïe et l'intelligence, ce qui me permet d'avoir un peu de confort... Je bouge très légèrement la main droite en faisant une pression avec le pouce à chaque bonne lettre de l'alphabet. Ces lettres constituent des mots et ces mots forment des phrases. C'est ma seule méthode de communication. (...) C'est de cette façon que j'ai décidé de vous écrire", raconte-t-il dans sa lettre parue dans Montreuil Hebdo et France Soir. "Je voudrais que vous sachiez que vous êtes ma dernière chance", dit-il au chef de l'Etat.

"Il est très déterminé"

Actuellement hospitalisé au centre hélio-marin qui accueille des accidentés à Berck, il est nourri par un tube dans l'estomac et ne voit plus que des ombres. Ses paupières sont cousues pour éviter le dessèchement des yeux. Seul, il ne peut que respirer, entendre et s'exprimer avec son pouce. Marie Humbert, 48 ans, mère de trois enfants, qui habitait Francheville (Eure), "a tout quitté" pour rester auprès de son fils et s'est installée à Berck.

"En tant que maman, ne me demandez pas d'approuver", a-t-elle dit à propos du désir de son fils de mourir. Elle n'a appris son initiative auprès de l'Elysée qu'après coup, alors qu'il avait rédigé la lettre seul avec son éducatrice. "Je fais ce qu'il veut parce que je l'aime", a-t-elle déclaré à l'AFP avant d'ajouter : "Il en a marre. Il est très déterminé. Si cela ne se fait pas, on ira en Suisse ou en Belgique". Le jeune homme se dit bien encadré et compris par le personnel infirmier et aide-soignant mais a refusé une aide psychologique, a expliqué sa mère.

L'euthanasie illégale en France

En France, l'euthanasie est illégale : le code pénal distingue entre l'euthanasie active, le fait de provoquer directement la mort (assimilé à un homicide), et l'euthanasie passive, "l'abstention thérapeutique" (considérée comme de la non-assistance à personne en danger). L'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) demande la dépénalisation "sous certaines conditions" de l'euthanasie, dans une lettre ouverte au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin publiée mardi. Vincent Humbert "refuse après son accident de rester plus longtemps une épave, un naufragé", écrit le président d'honneur de l'ADMD Henri Caillavet. "Son unique espoir est donc de mourir rapidement pour protéger sa dignité. Hors, en l'état actuel de notre droit, quiconque entendrait son appel et lui apporterait une aide pour qu'il cesse de vivre commettrait un meurtre puni de réclusion", poursuit M. Caillavet. L'association, qui est déjà à l'origine d'une proposition de loi en ce sens, estime qu'il est grand temps (...) de dépénaliser sous certaines conditions l'euthanasie, en d'autres termes de rendre licite en certaines circonstances une exception euthanasique".

photo d'ouverture : Vincent Humbert, au mariage de son frère, un mois avant son accident (DR/France-Soir)

Par AFP le 17 décembre 2002 à 19:00
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