Les OGM indispensables pour la recherche

Par Matthieu DURAND, le 13 décembre 2002 à 14h10 , mis à jour le 13 décembre 2002 à 14h25

Comme les Académies de Médecine et de Pharmacie jeudi, l'Académie des Sciences souligne vendredi les avantages des OGM. Et appelle à lever le moratoire sur leur expérimentation et leur commercialisation.

OGM © INTERNE

Deux rapports en une semaine, deux pavés dans la mare ! Après les Académies de Médecine et de Pharmacie, jeudi (lire l'article OGM : pas de danger pour la santé), c'est au tour de l'Académie des Sciences de remettre vendredi ses conclusions sur les plantes génétiquement modifiées.

Avantages et débouchés multiples

Dans l'introduction au rapport de l'Académie des Sciences, le professeur Roland Douce (1) rappelle en préambule que "la quasi-totalité des plantes cultivées aujourd'hui est le fruit de milliers d'années de sélections génétiques à partir de plantes sauvages". L'agriculture moderne, indique le scientifique, est devenue "intensive, performante mais malheureusement polluante". Elle devra changer afin de répondre à la pression démographique, à l'urbanisation croissante et aux exigences des consommateurs, le tout en respectant l'environnement.

Comment ? Notamment en utilisant des plantes génétiquement modifiées (PGM) par "l'insertion d'un ou plusieurs gènes" — ce que l'on appelle la transgenèse. Cette transformation présente de multiples avantages, souligne le professeur Douce : réduire le recours aux pesticides, créer des plantes plus résistantes "aux stress variés (température, salinité, sécheresse, attaques bactérienne, fongiques et virales, etc)", "changer les qualités nutritionnelles et gustatives des aliments"…

Moratoire levé dans un an ?

Dans le domaine de la recherche, la transgenèse est par ailleurs "un outil indispensable à la compréhension du vivant", affirme Roland Douce. Lequel évoque les débouchés des OGM dans les domaines de la santé ("anticorps, vaccins, produits dérivés du sang, etc") et de l'industrie ("matières plastiques biodégradables, biocarburants, etc"). Certes, leur utilisation soulève de "nombreuses questions", telles que leur impact sur la biodiversité, leurs éventuels effets toxiques ou allergiques, ou le contrôle de l'agriculture par des multinationales.

Des questions qui conduisent à des réactions de rejet des technologies modernes et à "une forme d''éco-terrorisme' redoutable". Pourtant, insiste le Pr. Douce, "au plan sanitaire et avec un recul d'une dizaine d'années, on n'a pas relevé un seul incident sanitaire imputable à la consommation d'OGM". Aussi, "pour éviter que la désinformation prenne le pas l'argumentation", le rapport invite les scientifiques à mieux communiquer et le public à mieux s'informer. Recommandation ultime : lever le moratoire sur l'expérimentation et la commercialisation des OGM. Lequel pénalise les agriculteurs et les chercheurs européens.

Une levée qui doit être rigoureusement encadrée et qui doit prendre en compte l'écologie, la traçabilité des produits et le libre choix des consommateurs, selon Roland Douce. La ministre de l'Ecologie Roselyne Bachelot a d'ailleurs envisagé, vendredi matin sur RMC-Info, une levée dans "à peu près" un an du moratoire européen sur les OGM. Le débat ne fait que commencer.

(1) Membre de l’Académie des Sciences, professeur à l'université Joseph Fourier, membre de l’Institut universitaire de France et directeur de l’Institut de biologie structurale.

 

Par Matthieu DURAND le 13 décembre 2002 à 14:10
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