© INTERNECinq pompiers décédés et un blessé à cause d'un conducteur octogénaire : le drame survenu vendredi dernier dans la Drôme relance le débat sur les capacités des personnes âgées à conduire. Contacté par tf1.fr, le professeur Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie de l'hôpital européen Georges Pompidou, à Paris, a communiqué les résultats d'une étude sur la conduite automobile des sujets âgés (1). En voici les principaux enseignements :
Les accidents
En 2000, 40% des personnes de plus de 80 ans étaient titulaires du permis de conduire, soit moins de 2,3% de l'ensemble des conducteurs. "En nombre absolu, leur taux d'accidents est faible". "En 1995, 1.440 personnes de plus de 65 ans ont été tués sur les routes, soit 17% de l'ensemble des tués" alors que cette tranche d'âge représentait 16% de la population.
Les accidents occasionnés par les personnes âgées "surviennent à vitesse lente, le plus souvent de jour, en ville (…) à la faveur de situations qui exigent une décision rapide" (carrefours…). "Les problèmes relevés sont presque toujours une mauvaise perception des obstacles, une difficulté d'estimation des vitesses des autres véhicules, un défaut d'inattention, une augmentation des temps de réaction et de freinage, des erreurs au code de la route".
Les facteurs de risques
Le vieillissement se fait sentir sur les plans oculaire (rétrécissement du champ visuel, adaptation plus lente aux changements de lumière…), auditif (diminution de la tolérance au bruit, filtrage des bruits intenses…) et musculaire (diminution de l'habilité et de la dextérité), autant de caractéristiques qui affectent la conduite. "Il y a également un grand nombre de médicaments susceptibles de faire baisser la vigilance du conducteur, notamment dans la famille des benzodiazépines" (Valium, Tranxène…), précise à tf1.fr le professeur Saint-Jean.
Les pathologies touchant l'appareil locomoteur et le système nerveux favorisent les accidents chez les personnes âgées. Mais plutôt que "d'interdire la conduite sur les seuls arguments de diagnostic et de l'âge", les trois médecins estiment que, pour déterminer qui est apte à conduire ou non, il vaut mieux vaut se fonder sur "le type et le degré d'atteinte cognitive", c'est-à-dire le déclin intellectuel du conducteur. Or, "en France, on considère que 600.000 personnes de plus de 65 ans sont atteintes de la maladie d'Alzheimer : 250.000 ont fait l'objet d'un diagnostic précis et moins de 100.000 ont été traitées. Le point fondamental, c'est que beaucoup de personnes ne sont pas dépistées. C'est probablement l'un des facteurs importants méconnus d'accidents de la route", explique à tf1.fr le spécialiste de l'hôpital Georges Pompidou.
L'autonomie sociale
"L'automobile permet bien souvent aux personnes âgées de conserver leur autonomie sociale. Pour une personne qui roule à 150 km/h, il y en a 150 qui roulent sagement, sur des routes de campagnes", insiste-t-il. Plutôt que d'imposer aux seuls personnes âgées de repasser leur permis de conduire ("sur quels critères ?"), le professeur Saint-Jean estime qu'il serait "plus élégant" et "plus démocratique" que l'ensemble des conducteurs repasse un examen tous les dix ans.
(1) Réalisée en 2000 par les docteurs Fabienne Yvain et Géraldine Magnier et le professeur Olivier Saint-Jean pour le compte de la revue de formation médicale continue Le Généraliste.
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