© INTERNEIl se nomme BeppoSax et depuis son lancement par l’Italie, le 30 avril 1996, a observé les sursauts gamma et autres phénomènes violents de l’Univers. Malgré une intéressante moisson scientifique, c’est pour une toute autre raison que ce satellite risque de faire l’actualité dans les prochains mois. Depuis 1997, les gyroscopes qui assurent la stabilité du satellite sont en effet tombés en panne les uns après les autres. Si bien qu'en avril 2002, l’Agence spatiale italienne (Asi) a mis un terme à la mission. Problème, BeppoSax ne peut plus être guidé depuis le sol et quand il rentrera dans l'atmosphère, les ingénieurs ne pourront pas maîtriser sa trajectoire. L’engin pèse 1,4 tonnes, dont la moitié va brûler dans l’air. Mais les matériaux les plus réfractaires (titane, céramique) résisteront et environ 650 kg de débris retomberont sur Terre.
Réentrée "autour de la mi-mai"
"L’événement pourrait se produire autour de la mi-2003", avançait début janvier Claudio Portelli, spécialiste des débris spatiaux à l’Asi. Cette prévision est basée sur un modèle qui prend en compte plusieurs paramètres dont le plus important est l’activité solaire. Plus le soleil est actif, plus la haute atmosphère est dense, ce qui augmente le freinage du satellite et accélère sa rentrée — et vice-versa.
L'orbite de BeppoSax étant par ailleurs de faible inclinaison, on sait que les débris retomberont dans une étroite bande limitée à 4 degrés de latitude de part et d’autre de l’équateur. Les trois-quarts de cette bande passent au-dessus des océans, mais elle traverse aussi des régions plus ou moins densément peuplées de l’Amérique du Sud, l’Afrique centrale et l’Asie du Sud-Est. D’où le risque d'accident corporel. "Estimé à 1/5000", précise Claudio Portelli, il est deux fois supérieur à celui admis par la Nasa. C’est pourquoi l’Italie a décidé de jouer la transparence et mis en place une communication de crise. Cliquez ici pour découvrir
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Incertitude
Tout a commencé en octobre dernier à Houston, avec un article sur le sujet présenté aux spécialistes lors de la réunion du Cospar (Committee on space research). A la mi-décembre, des communiqués ont été transmis aux gouvernements des pays concernés, un bulletin d’information devant être régulièrement mis à jour sur Internet, pour leur permettre de prendre des mesures au bon moment. Car les prévisions seront affinées avec le temps.
A la mi-janvier, l’Asi devait fournir une "fenêtre" de deux mois durant lesquels la réentrée pourrait se produire. Le modèle permettra aussi d’exclure au fur et à mesure certaines régions de la zone d’impact. Cependant, on ne devrait connaître cette dernière avec précision qu'à peine "deux jours avant", souligne Claudio Portelli. Et encore, avec une incertitude, car les radars — ceux du Norad (1) — ne pourront pister le satellite en permanence lorsqu’il sera à basse altitude. Tout ira alors très vite.
"40 minutes avant l'impact"
"Quand BeppoSax sera à 120 km de la Terre, il ne restera que 40 minutes avant l’impact. Difficile d’évacuer les populations en aussi peu de temps. Les gens devront s’abriter à l’intérieur", remarque Claudio Portelli. Toujours selon les modèles, près de 42 débris survivraient à la rentrée, dont tout de même 10 de plus de 40 kg et un de 120 kg. Leur dangerosité dépendra aussi de la vitesse d’impact qui pourrait varier entre 60 et 460 km/h…
Fernand Alby, responsable des activités débris spatiaux au Cnes, souligne cependant qu’il n’y a "pas de cas connu de blessure causée par des débris spatiaux" en 40 ans de conquête de l’espace. Depuis Spoutnik, près de 16000 engins sont rentrés dans l’atmosphère et il retombe actuellement sur Terre, tous les mois, au moins quatre ou cinq satellites ou étages de fusée. Dans l’ignorance générale.
(1) Le Norad (North American Aerospace Defence Command) utilise un réseau de radars au sol pour la défense de l’espace aérien américain
photo d'ouverture : vue d'artiste du satellite BeppoSax (Asi/SDC)
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