Contre-la montre pour sauver la banane

Par AFP, le 17 janvier 2003 à 07h00 , mis à jour le 17 janvier 2003 à 08h34

La banane Cavendish pourrait disparaître d'ici une dizaine d'années. Motif : elle manque de diversité génétique pour résister aux assauts d'une maladie qui a ressurgi avec virulence. La solution passe par la génétique.

banane régime fruit © INTERNE

"Depuis 4 ou 5 ans, une nouvelle souche de la maladie dite de Panama est réapparue en Asie. Si cette maladie, qui a déjà gagné l'Australie et l'Afrique du Sud, venait à ravager les plantations (de bananes, NDLR) d'Amérique latine et des Caraïbes, on arriverait à une extinction de la Cavendish, unique variété d'exportation, d'ici une dizaine d'années". C'est ce qu'a expliqué à l'AFP Emile Frison, phytopathologiste à l'Inibap (Réseau international pour l'amélioration de la banane et de la banane plantain), à Montpellier.

Première victime : "Gros Michel"

Cette maladie est un champignon qui s'installe dans le sol pendant plusieurs années et contre lequel les pulvérisations de fongicides ne peuvent rien. Elle avait eu raison, il y a 50 ans, de "Gros Michel, la seule variété d'exportation existant à l'époque, qui avait été découverte par des botanistes français en Asie dans les années 20".

Ce qui a littéralement sauvé l'industrie bananière, c'est la variété de bananes appelée Cavendish. Découverte en Chine par les Britanniques au 19e siècle, elle est pratiquement la seule variété proposée dans les supermarchés depuis les années soixante. La raison de son succès : elle est résistante au "champignon" de Panama. Ou plutôt était. Jusqu'à l'apparition de cette nouvelle souche de la maladie.

La génétique à la rescousse

Pour sauver le fruit si populaire, "il faut rechercher des variétés résistantes, ce qui est particulièrement difficile car les bananes sont entièrement ou partiellement stériles", indique le chercheur. Il n'y a que "cinq personnes au monde qui travaillent sur l'amélioration génétique de la banane par croisement classique". Une méthode très aléatoire de pollinisation manuelle, "qui n'est possible que dans le cas des variétés non entièrement stériles".

Or, la Cavendish est entièrement stérile. Seule une manipulation génétique est donc envisageable. Pas la peine de compter sur les trois ou quatre firmes qui dominent le marché de la banane, elles n'ont "jusqu'à présent pas investi du tout dans la recherche à long terme", déplore Emile Frison. C'est pourquoi, à la tête d'un consortium international, il s'est fixé un objectif : séquencer le génome de la banane d'ici 5 ans.

Plus qu'un fruit

La banane existe depuis au moins 9.000 ans. On compte six groupes de variétés, chacune génétiquement homogène. La banane est la 4e culture dans les pays tropicaux, derrière le riz, le blé et le maïs. Un demi milliard d'hommes, en Asie et en Afrique, dépendent de la banane comme source essentielle de calories. Près de 90% de la production mondiale de bananes vient de variétés provenant de petites exploitations, consommées localement dans des pays où elle est un aliment de base.

 

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Par AFP le 17 janvier 2003 à 07:00
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