L'Europe spatiale renonce au "toujours plus"

Par M. D., le 21 janvier 2003 à 07h00 , mis à jour le 20 janvier 2003 à 18h05

Ariane doit renoncer à sa course à la puissance. Echec de la version "10 tonnes" et conjoncture économique défavorable obligent. C'est ce qu'a indiqué lundi le DG de l'Agence spatiale européenne.

ariane 5 10 tonnes sur son pas de tir kourou © INTERNE

Les retombées du premier tir raté de l'Ariane-5 "10 tonnes" (1), en décembre dernier, continuent de pleuvoir, provoquant remous et remises en cause au sein de l'Europe spatiale. Un échec (voir articles liés) qui, ajouté au ralentissement de la croissance du secteur commercial des télécommunications, impose un arrêt dans la course à la puissance menée par le lanceur européen, a estimé lundi Antonio Rodota, le directeur général de l'Agence spatiale européenne (Esa). "Les versions actuelles du lanceur peuvent être conservées quelques années de plus que prévu", a-t-il indiqué.

Après le modèle "10 tonnes", il était jusqu'ici prévu un modèle encore plus puissant, Ariane-5 ECB, capable de placer sur orbite géostationnaire en 2005 une charge utile de 12 tonnes — ou deux satellites d'une charge totale d'une dizaine de tonnes. Ce qui importe maintenant, estiment les responsables de l'Esa, est d'assurer une fiabilité et une sûreté totale des modèles existants d'Ariane-5, Ariane-5 ECA comprise, avant de poursuivre.

Le Cnes devra changer

Une décision qui concerne au premier chef le Centre national d'études spatiales (Cnes). Ariane-5 est en effet un programme européen, dont l'Esa a confié la conception et la mise au point à l'agence spatiale française. Si, pour Antonio Rodota, la responsabilité de cet échec n'est pas imputable au Cnes, le directeur général de l'Esa a néanmoins adressé le 7 janvier aux responsables du Centre un courrier - non rendu public - dans lequel il pointe, a-t-il indiqué lundi, la nécessité de préciser "la relation formelle entre l'Esa et le Cnes".

L'Agence française est décidément au centre de toutes les attentions. Vendredi dernier, une commission a remis un rapport sur la politique spatiale française au ministre de la Recherche, Claudie Haigneré. Un rapport qui insiste sur une rénovation et un renforcement du Cnes, pour une Europe spatiale forte. Les sages proposent notamment de supprimer la dyarchie à la tête de l'Agence au profit d'un président-directeur général, d'engager "au plus vite" un audit financier et de donner un sérieux coup de pouce au militaire spatial.

Dégraissage à l'Esa

La stagnation du secteur spatial commercial impose par ailleurs à l'Esa de faire des économies. "Il nous faut dégraisser notre organisation", a déclaré Antonio Rodota. Les crédits prévus pour la mise au point d'Ariane-5 ECB pourront être utilisés dans d'autres domaines, a expliqué le directeur général de l'Agence. Il a toutefois refusé de confirmer le chiffre de 300 millions avancé par certaines sources du secteur spatial. Selon le responsable de l'Esa, "il est encore trop tôt pour donner un chiffre définitif".

(1) L'Ariane-5 ECA est surnommée "Ariane dix tonnes" parce que capable de placer sur orbite de transfert géostationnaire une charge utile de dix tonnes, contre 6,5 tonnes pour le modèle de base, Ariane-5 "Générique".

photo d'ouverture : l'Ariane-5 "10 tonnes" sur son pas de tir à Kourou, en décembre dernier.

 

Par M. D. le 21 janvier 2003 à 07:00
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