Infirmières dans une chambre d'hôpital © LCIMarie-Sylvie Richard, pneumologue, a participé à la création des équipes mobiles des soins palliatifs de l’hôpital Dieu et de l'hôpital Saint-Louis à Paris. Elle est depuis 1986 chef de service à la Maison médicale Jeanne-Garnier. Elle répond aux questions de tf1.fr.
tf1.fr : Quels sont les motifs invoqués par les malades lorsqu’ils vous demandent l’euthanasie ?
Marie-Sylvie Richard : Le premier motif qui vient est l’absence de soulagement. Il y a encore trop de malades qui souffrent aujourd’hui alors que l’on a les moyens de les soulager. C'est scandaleux. Deuxième motif le plus invoqué, la perte d’autonomie et donc la dépendance. Dans notre société, il est humiliant d’être handicapé, d’être dépendant des autres ou d’être vieux. Dans certains services, il y a des rapports soignants-soignés qui sont extrêmement infantilisant, humiliant et qu’il faut faire évoluer.
| "C’est dans l’acharnement thérapeutique que l’euthanasie fait son lit" |
tf1.fr : Est-ce une pratique courante ou non, de la part des personnels soignants, de "pousser la seringue" ?
M.-S. R. : Pousser la seringue de façon sauvage et clandestine se fait certainement dans de très nombreux hôpitaux.
tf1.fr : Que faites-vous lorsque l’on vous demande un acte d’euthanasie ?
M.-S. R. : Quand un patient me demande l’euthanasie parce qu’il ne trouve plus de sens à sa vie, qu’il a le sentiment d'être une charge pour les autres, il me semble –mais c’est une conviction personnelle- qu’en disant "oui, vous avez raison", je confirme la personne dans sa perte d’estime d’elle-même. Alors ce que je leur dis moi, c’est que je ne ferai rien pour prolonger leur vie. Souvent cette réponse les sécurise déjà.
tf1.fr : Que pensez-vous du cas de ce jeune Vincent Humbert, devenu tétraplégique, qui écrit au chef de l’Etat une supplique pour qu’on le laisse mourir ?
M.-S. R. : Si vous lisez bien la lettre qu’il a écrit à Jacques Chirac, vous verrez qu’un tiers de la lettre concerne les conditions de vie imposées à sa mère. J’ai connu des patients comme cela, qui étaient trop éloignés de chez eux, les conditions matérielles qu’on leur imposait, ainsi qu’à leurs proches, devenaient insupportables au point de dire "mieux vaut mourir que ça". Et à chaque fois qu’il y a eu recherche de conditions meilleures pour le patient et ses proches, la question s’est aussi un peu déplacée. Je ne vous dis pas qu’elle disparaît complètement, mais chez plusieurs de mes malades la demande d’euthanasie a cessé parce qu’elle était le résultat d’un excès de contraintes. Il ne faut pas se précipiter sur l’émotion que l’on peut ressentir mais surtout garder la tête froide.
Dans le cas de Vincent Humbert, une autre question se pose selon moi, en amont. Jusqu’où doit-on aller dans la réanimation ? Autant pendant tout un temps la réanimation était vraiment un geste formidable : il fallait sauver ! Autant aujourd’hui, on se dit : sauver une vie, oui, mais à quel prix ? Des textes importants allant en ce sens sont sortis en mai et juin dernier. Ils disent aux médecins et réanimateurs qu’il faut prendre le temps de s’asseoir, de faire le tour de la question médicale, de la question sociale, de quels moyens dispose l’entourage pour faire face et vers quoi on dirige celui qui est en réanimation aujourd’hui ? C’est dans l’acharnement thérapeutique que l’euthanasie fait son lit. Commençons par là, en exerçant une médecine plus raisonnable. Dans la loi sur les droits des malades, il y a une avancée intéressante en ce sens puisque l’on demande aux patients de choisir une personne de confiance qui pourra l’accompagner pendant les consultations et qui pourra donner un avis à la place du malade si celui-ci n’est plus en mesure de le faire.
"On ne donne pas la mort au terme d'un processus administratif" Sur l'euthanasie, "On ne peut pas dans un texte de loi définir a priori des choix aussi cruciaux, qui sont des problèmes de conscience, profonds", a déclaré le ministre de la santé Jean-François Mattei, invité du Grand Jury RTL-Le Monde-LCI. "Dès lors qu'il il aura dans la loi (interdisant l'euthanasie, ndlr) une exception, l'exception deviendra l'usage et l'usage une habitude, et ça je ne l'accepterai pas", a affirmé le ministre, généticien et professeur de médecine avant son entrée au gouvernement. "On ne donne pas la mort au terme d'un processus administratif", a-t-il martelé, soulignant qu'il fallait en revanche "humaniser la fin de vie". |
Retour MYTF1
Chargement en cours...



