Une fillette succombe aux négligences médicales

Par Matthieu DURAND, le 21 janvier 2003 à 12h18 , mis à jour le 21 janvier 2003 à 12h26

Dans une clinique de Neuilly-sur-Seine, une série d'imprudences et de négligences ont entraîné la mort de Mélodie. La fillette âgée de six ans avait subi une simple opération des amygdales. Le rapport d'expertise est accablant.

couloir infirmière hôpital clinique soins santé © INTERNE

Le 10 juillet 2001, Mélodie, 6 ans, intègre la clinique Pierre Chérest de Neuilly, en région parisienne, pour s'y faire opérer des amygdales. Une intervention banale. Et pourtant, deux jours plus tard, la fillette succombe d'un œdème cérébral après avoir été transférée en urgence à l'hôpital Necker, à Paris. A l'origine du décès, le fonctionnement du centre de soins, dénoncent les trois experts judiciaires, soulignant des "imprudences", des "négligences", un "glissement de tâches non conforme au code de déontologie" et un "agissement à la limite de l'exercice illégal de la profession".

"Terrible succession d'erreurs médicales"

Dans leur édition de mardi, Le Parisien et Le Figaro reviennent sur cette "terrible succession d'erreurs médicales". Première faute grave : après son opération, le 10 juillet au matin, Mélodie est perfusée avec du sérum glucosé, "formellement déconseillé par la Société française d'anesthésie-réanimation", selon Le Parisien. Deuxième erreur : le produit réhydratant lui est injecté trop rapidement et en trop grande quantité. Alors que la fillette aurait dû en recevoir 110 millilitres par 24 heures, elle en a reçu environ 2,7 litres en quelques heures. Un excès de glucose qui provoque le gonflement du cerveau et un œdème cérébral.

Troisième faute lourde : l'incompétence du personnel médical qui ne parvient pas à identifier et à soigner correctement les troubles post-opératoires de Mélodie (vomissements, migraines, convulsions). Sans formation adéquate, le médecin de garde ne fait même pas appel à l'anesthésiste d'astreinte. "Le fait d'avoir lui-même pris en charge cette complication s'apparente à un exercice illégal de la médecine", analyse pour Le Figaro le docteur Irène Kahn, conseillère au Conseil de l'ordre.

"Aucune enquête administrative"

Au matin, l'état de Mélodie se dégrade. "L'anesthésiste et le chirurgien qui l'ont opérée la veille viennent enfin la visiter mais ne s'alarment pas", selon Le Parisien. Finalement, la fillette alors inconsciente est emmenée à l'Hôpital américain de Neuilly pour y passer un scanner. Sur place, les médecins constatent "l'état neurologique très grave" de Mélodie et l'envoient à Necker, où elle décède deux heures plus tard.

Dans les jours et mois suivants, l'anesthésiste a été exclu tandis que le médecin de garde de nuit et la directrice de la clinique ont quitté leurs fonctions. "Au moins deux médecins présents ce jour-là, mais aussi la clinique Chérest elle-même en tant que personne morale devraient être prochainement mis en examen pour homicide involontaire", indique Le Parisien. Les praticiens risquent trois ans d'emprisonnement et l'établissement une forte amende ou une fermeture provisoire. Selon Alain-Michel Ceretti, président de Lutte information études des infections nosocomiales (Lien), interrogé par le quotidien : "En dépit du décès de la petite Mélodie, il n'y a eu (…) aucune enquête administrative sur cette clinique". Contactée par l'AFP, la direction de l'établissement a pour sa part tenu à souligner qu'à ce stade "la clinique n'était pas directement concernée par cette affaire".

photo d'ouverture: archives

Par Matthieu DURAND le 21 janvier 2003 à 12:18
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