© INTERNESelon le British Medical Journal (BMJ), paraissant samedi, l'industrie pharmaceutique a promu ces six dernières années la théorie d'un " dysfonctionnement sexuel féminin ". Nombre de chercheurs qui ont publié à ce sujet ou participé à des conférences sur ce supposé problème ont des liens financiers avec les firmes, souligne le journaliste du magazine Australian Financial Review (afr.com), Ray Moynihan, dans un éditorial du BMJ. " La création de maladies par l'industrie pharmaceutique n'est pas un nouveau phénomène, mais la fabrication du concept du " dysfonctionnement sexuel féminin " en est l'exemple le plus récent et le plus évident " note-t-il. Ces " dysfonctions sexuelles " affecteraient 43 % des femmes, selon des chiffres communément avancés, et repris avec enthousiasme dans la presse, alors qu'ils sont considérés comme largement exagérés, sinon complètement douteux.
La controverse entoure ces tentatives de médicaliser les problèmes sexuels et d'imposer une normalité dans ce domaine. Mais, s'inquiète le BMJ, le " danger " est de faire croire - avec cette obsession de tout médicaliser - que le moindre problème sexuel a invariablement une cause physique et qu'il pourra disparaître en avalant une pilule. Plusieurs psychiatres ont élevé la voix pour dénoncer cette façon réductrice d'envisager la sexualité féminine et masculine.
Ainsi, selon la psychiatre Sandra Leiblum (Robert Wood Johnson Medical School, New Jersey, Etats-Unis) "l'insatisfaction sexuelle, et peut-être l'indifférence, existent chez beaucoup de femmes, mais cela ne veut pas dire qu'elles ont une maladie".
D'autres affirment, comme John Bancroft (Kinsey Institute, Indiana, Etats-Unis) que " l'inhibition du désir est une réaction saine dans bien des situations vécues par les femmes comme le stress, la fatigue ou les comportements menaçants de leurs partenaires ". Le rôle des firmes dans l'élaboration et la promotion de nouvelles maladies devrait faire l'objet de plus de surveillance, conclut l'éditorial.
Pour le docteur Sylvia Cukier, directrice des relations avec les médias chez les laboratoires Pfizer, " les scientifiques et les médecins ne nous pas attendus pour travailler et réfléchir sur ce sujet. En ce qui concerne Pfizer, il est vrai que nous travaillons depuis quelques années à l’élaboration d’un médicament pour traiter les troubles de l’excitation féminine. Les premiers résultats des essais de la phase II, réalisés sur une petite série de femmes, ont été communiqués lors du Congrès de sexologie de Montréal en octobre 2001. Ces derniers sont d’ailleurs encourageants pour la poursuite des expérimentations. "
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